Celui qui veut, peut-il
Cynthia Alfliti - France
Échouer encore, échouer mieux, écrivait Samuel Beckett. Dans Les Vertus de l’échec de Charles Pépin, ou encore dans Le talent est une fiction de Samah Karaki, la question de l’échec revient souvent.
L’échec, nous l’avons tous expérimenté au moins une fois dans la vie. Mais est-ce qu’il nous abîme ou est-ce qu’il nous rend plus forts ?
Y a-t-il vraiment quelque chose de positif dans l’échec, ou essayons-nous simplement de le positiviser afin de nous apaiser ? Est-ce que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » ?
Faut-il accepter l’échec ou non ? De toute façon, une fois qu’il est passé, avons-nous vraiment le choix ?Je ne pense pas que l’échec soit intrinsèquement positif. Échouer est difficile et indésirable.
Toutefois, il existe deux façons de répondre à un échec : on peut répondre par la résilience — et pour cela il faut avoir une certaine tolérance à la frustration, car la première étape pour dépasser l’échec est de l’accepter — ou bien on peut se retrouver bloqué face à cet échec.Mais est-ce vraiment un choix ? Est-ce que, si on le veut, on peut forcément y parvenir ? Je ne le pense pas. La tolérance à la frustration est une compétence qui s’apprend.
Plus on a été sécurisé dans notre enfance, plus on a reçu des réponses claires à nos demandes, plus on est capable de tolérer la frustration.Répondre à une demande ne signifie pas dire oui à tout. Cela signifie donner une explication claire en cas de refus, expliquer pourquoi ce n’est pas possible. Cela ne va pas effacer la frustration, mais je pense que cela aide à la dépasser.
Surmonter l’échec demande une certaine résilience, et la résilience a besoin de bases de sécurité, comme l’explique Boris Cyrulnik.Notre société individualise beaucoup l’échec, quand nous échouons, c’est toujours de notre faute. C’est aussi une manière de dégager les institutions de leur responsabilité.
Mais un enfant qui grandit dans des conditions favorables et un autre dans des conditions défavorables sont-ils vraiment égaux face à l’échec ou au succès ? Individualiser l’échec, en le sortant de son contexte social et politique, revient à culpabiliser les individus et à les surresponsabiliser. Oui, chacun a sa part de responsabilité, mais les failles du système aussi. L’échec n’est-il pas aussi le reflet des inégalités sociales et des ressources auxquelles chacun a accès ?
نبض