Systèmes de santé libanais et français : entre vices et vertus

منبر 04-02-2026 | 10:19

Systèmes de santé libanais et français : entre vices et vertus

En tant que médecins, nous sommes tenus de guérir. Interroger, examiner, diagnostiquer, prescrire… cette séquence nous est bien familière.
Systèmes de santé libanais et français : entre vices et vertus
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Dr Mikhael Makhoul, médecin spécialisé en ORL

 

 

 

 

En tant que médecins, nous sommes tenus de guérir.

Interroger, examiner, diagnostiquer, prescrire… cette séquence nous est bien familière.

Au-delà des corps, force est de constater les nombreux troubles qui gangrènent les organisations censées offrir un cadre au bon déroulement de notre mission. La santé est une chose, le système qui s’en occupe en est une autre.

Entre la France et le Liban, un fossé se creuse. Ayant exercé la médecine dans ces deux pays, je peux aujourd’hui porter un regard lucide sur les caractéristiques de chacun de ces systèmes et en tirer les leçons nécessaires. 

Tout d’abord, une infrastructure sanitaire est le fruit de l’interaction de plusieurs acteurs, dont la mission converge au service de la communauté. Pour que ce but soit atteint, chaque rôle doit être accompli jusqu’au bout. Si cette condition n’est pas remplie, des dysfonctionnements peuvent apparaître et se répercuter sur les maillons faibles de la chaîne, à savoir, les malades. 

 

 

Le système de santé libanais n’est que le reflet de l’état du Liban, anarchique, fragmenté, exsangue. D’ailleurs, lui attribuer le nom de système serait erroné, étant donné qu’il ne repose sur aucune structure fixe et s’effondre inexorablement tel un château de cartes. Il faut pourtant l’admettre, il a été bafoué, secoué, détruit et reconstruit des centaines de fois. Les crises chroniques, qu’elles soient économiques, politiques ou sécuritaires, ont presque eu raison de lui.

Il a pourtant résisté de toutes ses forces, tant bien que mal, bravant les épreuves et surmontant les défis. Il a su se hisser, pendant des années, parmi les systèmes de santé les plus performants du Moyen-Orient.

Porté par des avancées médicales de haut niveau et par une densité médicale élevée, ce système jouit d’une réputation solidement établie.

Mais il est temps de le reconnaître : les failles sont aujourd’hui trop saillantes, les disparités, trop nombreuses, et les ingérences, intolérables. Se soigner est un luxe au lieu d’être un droit. Des patients taisent leur douleur et négligent leur condition, non pas par ignorance, mais par impuissance. Hésiter à contacter un médecin, refuser de se faire traiter et se résigner à souffrir lentement, c’est le sort auquel sont condamnés les Libanais.

La médecine devient marchande, et seuls les fortunés peuvent s’octroyer les soins nécessaires. Les consultations et les procédures sont onéreuses et souvent inabordables pour une grande partie de la population.

À titre d’exemple, un enfant de deux ans qui n’entend pas ne peut pas bénéficier d’un implant cochléaire au Liban, vu son coût hors de portée, malgré l’impact déterminant de l’audition sur le développement du langage et l’intégration sociale. À l’inverse, en France, un implant cochléaire peut être aisément pris en charge chez un patient de 90 ans, dans le but d’améliorer sa qualité de vie liée à l’audition. Par ailleurs, les hôpitaux publics sont sous-financés alors que le secteur privé essaime. Ce déséquilibre se répercute sur les plus vulnérables, contraints à dépendre d’une aide humanitaire parcellaire et insuffisante, qui menace de disparaître compte tenu de l’arrêt du soutien étranger. L’effondrement du secteur de la santé au Liban se traduit également par la réapparition d’épidémies tels que le choléra ou l’hépatite A, ainsi que par une grave pénurie de médicaments. Plus encore, les tests de dépistage de certaines maladies congénitales ne sont pas disponibles dans toutes les régions du pays, ce qui complique la prise en charge et la retarde énormément. L’implication de l’État est visiblement inefficace, laissant le peuple livré à lui-même. Ce système retient son souffle. Il n’a pas encore rendu son dernier soupir. Mais jusqu’à quand ? L’État libanais est en déni de la situation et se désiste complètement de ses responsabilités. Même si cette crise ne fait pas la une des journaux, elle est bien là, silencieuse mais déchirante. La situation en France est toute autre.

L’état y joue un rôle central en tant que régulateur, planificateur, souvent financeur, garantissant l’accès aux soins et l’équité. Il définit les politiques de santé publique (prévention, éducation), supervise les établissements, contrôle la qualité des soins, et maîtrise les dépenses.

Le peuple ne se soucie de rien. Personne n’est confronté au dilemme de guérir ou de survivre financièrement. Se soigner n’est pas conditionné par le statut socio-économique. De plus, la France se distingue par une production scientifique soutenue, une recherche biomédicale active et une intégration constante des progrès médicaux dans la pratique clinique, garantissant une qualité de soins homogène sur l’ensemble du territoire.

Pourtant, ce qui manque cruellement en France, c’est l’esprit de solidarité. L’indifférence est la résultante de l’individualisation qui ronge notre siècle. Les valeurs sont laminées, les murs s’érigent et les frontières se multiplient. La solidarité est d’un passé révolu.

Le froid glacial qui s’installe entre les citoyens est invivable : entre les patients isolés et les personnes âgées marginalisées, la solitude règne. Le « Chacun pour soi » devient la norme, et « L’union fait la force » n’est qu’un slogan creux, triste constat. Par ailleurs, les déserts médicaux, les délais, et la saturation hospitalière, sont courants en France, ce qui ternit l’image de leur système de santé.

 En dressant une comparaison entre ces deux dispositifs, je peux déduire qu’il n’y a pas de système de santé parfait, mais si l’on désire optimiser le service des patients, il faut conjuguer le rôle de l’État à la solidarité du peuple. Cette mission ne peut être remplie sans une quête permanente d’excellence médicale, garante des meilleurs standards de prise en charge. Pour tout ce qui est du Liban, l’amertume de la leçon à tirer est d’autant plus poignante qu’elle résonne trop tard, écho des avertissements ignorés. Pour éviter que cet édifice qui est le cœur battant du peuple ne s’effondre complètement, il faut urgemment en modifier l’architecture. Prendre conscience de l’ampleur du problème et réhabiliter le rôle de l’État comme acteur central de la santé au Liban est primordial. 


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