Philosopher le bonheur

Philosopher le bonheur
photo Cynthia Fliti
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Cynthia Alfliti - France

 

 

 

 Il y a quelques jours, je voulais en finir avec ma vie.

Et oui, entre l’acte de suicide et l’acte de prendre un taxi pour aller à l’hôpital, j’ai choisi le second. Non pas par espoir, je n’y croyais pas, mais par peur… la peur de rater la vie, la peur de rater quelques moments de bonheur. Mais alors que j’avais encore cet élan de vie, comment ai-je pu arriver au point de vouloir la finir ? Eh bien, pour arrêter ma souffrance.

Parmi les idées qui me sont venues, il y avait celle du bonheur. Qu’est-ce que c’est, le bonheur ? Peut-on l’atteindre ? Comment ?

En reprenant Platon, on aime ce qu’on désire et on désire ce qui nous manque. Chez Platon, Épicure, Kant, être heureux, c’est avoir ce qu’on désire. Et « tout homme veut être heureux », disait Pascal. Mais alors pourquoi, parfois, avons-nous beaucoup de choses que nous désirions… sans être heureux ? Parce que nous ne les manquons plus.

André Comte-Sponville explique parfaitement ce dilemme dans son livre Le bonheur, désespérément. De là m’est venue l’idée de philosopher sur le bonheur.

Philosopher, pour moi, ce n’est pas seulement réfléchir ou débattre, c’est être dans l’action. À quoi sert la philosophie si elle ne nous permet pas, concrètement, de changer notre perspective de vie ? Philosopher, avant tout, c’est changer. La philosophie est une activité qui, par les discours et les raisonnements, peut nous conduire à une vie heureuse, selon Épicure. Elle sert donc à rendre heureux, non par des illusions ou de fausses joies, mais en cherchant le plus de bonheur possible dans la vérité. « Mieux vaut une vérité triste qu’une fausse joie », dit Comte-Sponville.

Mais ce n’est pas toujours facile de trouver du bonheur dans la vérité, dans ce qui est réel. Philosopher le bonheur, c’est donc essayer de trouver le maximum de bonheur dans ce qui est vrai. Non pas face à un deuil, une guerre, une perte ou une catastrophe, mais dans les cas où nous avons déjà beaucoup de ce que nous désirions, et où il s’agit d’y trouver un peu de bonheur.

J’ai toujours été nihiliste… Je ne pense pas que la vie ait un sens, encore moins positiviste. Je pense que la vie n’a pas de sens ; on peut, oui, par certains actes, donner un sens à notre existence, aider quelqu’un pour certains, gagner de l’argent pour d’autres. Mais ce sens suffit rarement à rendre les gens heureux.

Et si nous continuons à chercher ce qui nous manque pour être heureux, nous ne le serons jamais. Il faut donc chercher le bonheur dans le présent, dans ce que nous avons déjà, et non dans ce qui nous manque. Dans la sagesse d’accepter la vérité de ce que nous possédons, et d’essayer, si possible, et je souligne ce mot, d’y trouver un peu de bonheur.

Eh bien, reprenons cette expression : trouver le bonheur dans ce que l’on désire et que l’on possède effectivement. Si je vous dis que je suis heureuse dans ma vie parce que j’ai obtenu une promotion au travail ou mon double master en droit, vous allez probablement penser que je suis imbécile, et vous auriez bien raison.

Car ces deux choses procurent du plaisir, mais elles ne font pas le bonheur.

Quelle est donc la différence entre les deux ?

Le plaisir est instantané ; le bonheur s’inscrit dans la durée. Tout bonheur est un plaisir, mais tout plaisir n’est pas un bonheur. Le plaisir n’est pas lié à un manque, mais à l’acte, au fait, au moment présent. Une accumulation de plaisirs sur une certaine lapse de temps pourrait se transformer en bonheur.

André Comte-Sponville distingue l’espérance du désir. Inspiré par Spinoza : « Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir. » Pour lui, « le désir n’est pas un manque ; le désir est une puissance : puissance de jouir et jouissance en puissance».

Ce qui pose problème, pour le philosophe, et je suis d’accord avec lui, c’est l’espérance. Car dans l’espoir, il n’y a ni pouvoir, ni savoir. Et il n’y a pas d’espoir sans crainte. Ainsi, un sage n’espère rien.

Prenons donc cette expression, « le sage n’espère rien », et relions-la à nos attentes. Plus nous avons d’attentes, plus nous avons d’espoir ; et plus nous risquons d’être malheureux si les réponses à ces attentes ne correspondent pas à ce que nous espérions. Alors diminuons nos attentes, diminuons nos espoirs, diminuons nos malheurs.

Espérons moins, allons mieux !

Eh bien, pour conclure, peut-être que si nous augmentons nos accès au plaisir en jouissant de ce que nous avons et que nous désirions, tout en diminuant nos attentes pour ce que nous avons pas et que nous l'espérons, cela pourrait conduire à une certaine durée de bonheur.

Et vous, vous en pensez quoi ?


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