À contre-temps

منبر 31-07-2025 | 11:11

À contre-temps

  Il est 15h35. Le temps m’échappe. Je tente de le retenir, de l’immortaliser, de le sauver par la plume, mais je me heurte à sa course vertigineuse, presque malsaine. Insaisissable, illusoire, abstrait, il est l’objet de l’obsession maladive de l’homme. L’anthropocène en porte la marque, brûlée au fer rouge dans les entrailles du monde. 
À contre-temps
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 Serena Rassam

 

 

 

 Il est 15h35. Le temps m’échappe. Je tente de le retenir, de l’immortaliser, de le sauver par la plume, mais je me heurte à sa course vertigineuse, presque malsaine. Insaisissable, illusoire, abstrait, il est l’objet de l’obsession maladive de l’homme. L’anthropocène en porte la marque, brûlée au fer rouge dans les entrailles du monde. 

Entre fantasme et impasse, l’homme a toujours voulu le dominer, refusant de reconnaître qu’il ne divulguera jamais ses secrets. Voguant sur les vagues de ce mystère, il s’est laissé obnubiler par l’idée d’accélérer le temps, de manipuler ses aiguilles à sa guise.

Dalí nous avait pourtant averti à travers son œuvre « La Persistance de la mémoire », le temps se liquéfie entre nos doigts, nous échappe et nous laisse seuls face à son absurdité.

 

 

 

 

 

Mais l’homme se fait sourd lorsqu’il est habité par une obsession…  Il a alors mis en place une machine aux rouages complexes pour transformer son monde. Des mutations technologiques sans précédent ont alors métamorphosé tous les aspects de sa vie, dans les sphères du travail comme celles de l’intime, ébranlant tous les repères.

L’attente s’abrège et nos perspectives sur le monde changent. Logiquement, l’homme devrait se réjouir puisqu’il dispose d’un excédent de temps qu’il peut savourer comme il le désire. Sauf que… le XXIe siècle porte à son paroxysme une angoisse existentielle.

L’humanité n’a jamais été aussi dépassée par le temps, croulant sous le poids de la pression incommensurable que lui impose son époque. C’est donc l’effet inverse qui s’est produit. 

L’homme s’est retrouvé, une fois de plus, piégé dans les filets de la toile qu’il avait lui-même tissée. Passé maître dans l’art de se saborder, ce phénomène était prévisible. Il mérite pourtant qu’on s’y attarde, tant son impact sur la société est profond. L’impression que l’histoire accélère est légitime. Mais elle n’est pas tout à fait exacte. Le temps ne précipite pas sa course, c’est son contenu qui devient plus dense.

Les avancées technologiques considérables qui sont intervenues dans un intervalle de quelques générations ont comprimé le temps, l’ont réduit en particules plus fines.

L’homme dispose donc de plus de temps libre, et possède d’innombrables moyens d’en économiser. Il n’a jamais fait autant d’efforts pour en gagner, entre fast-food, speed dating, ou multitasking, la société glorifie les chemins de traverse et ridiculise la lenteur. Une question s’esquisse alors : pourquoi avons-nous toujours l’impression d’être en retard ? D’où vient ce besoin irrépressible d’anticipation, ce sentiment répandu d’urgence permanente ? Le sociologue Hartmut Rosa le formule d’une acuité déconcertante.

Selon lui, l’accélération technique entamée avec la modernité a été couplée à une accélération des changements sociaux et des rythmes de vie. Il en découle alors une spirale infernale, que nous sommes contraints de subir, comme pris en otage par un temps qui nous impose son rythme.  Le nombre d’actions par unité de temps n’a cessé de croître depuis le début de l’ère industrielle. Le problème ne réside plus dans le nombre des possibles à disposition, mais dans les ressources temporelles limitées qui permettent de les réaliser. L’esprit de l’homme est alors constamment harcelé par des injonctions lancinantes, incessantes, impitoyables. Des injonctions qui le poussent à la performance et à la rentabilité, qui l’exhortent de se surpasser pour dépasser les autres. Le présent exerce sur lui une véritable tyrannie.

L’être humain est en permanence sollicité par son environnement toxique qui exige de lui des réponses immédiates. Le pire ? Il lui est impossible de les ignorer. Parce que ceci impliquerait de déclarer forfait, de se désister de cette course insignifiante, de vivre à contre-temps. Choses tentantes certes, mais inenvisageables dans notre monde, basé à tort sur une compétition, qui, entre nous, n’a aucun lieu d’être.   L’homme se retrouve alors piégé. Incapable de s’émanciper du temps, et encore moins de le contrôler, il est alors condamné à le laisser le traverser. Je dirais alors que l’humanité est mise à l’épreuve et devrait s’atteler à redéfinir le progrès. Ralentir pour mieux avancer, apprécier le passage du temps et abdiquer de cette quête malsaine. Je dirais qu’à défaut d’ajouter des années à sa vie, il faudrait l’enrichir de sens, et de substance. Il est 17h17 et je pose ma plume.

Le temps m’a échappé et je n’ai pas pu le retenir. J’espère au moins que ces mots auront permis de suspendre, l’espace d’un instant, cette spirale insensée.


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