L'amnistie générale controversée de la Syrie : Débat juridique et répercussions politiques sous le président Ahmad Al-Sharaa

Moyen-Orient 20-02-2026 | 15:33

L'amnistie générale controversée de la Syrie : Débat juridique et répercussions politiques sous le président Ahmad Al-Sharaa

Un décret général accordant des grâces pour des crimes passés soulève des questions constitutionnelles et des préoccupations face à la consolidation du pouvoir durant la phase de transition en Syrie.
L'amnistie générale controversée de la Syrie : Débat juridique et répercussions politiques sous le président Ahmad Al-Sharaa
Magasin syrien dans le souk à Damas (AFP)
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Mercredi soir, le président syrien Ahmad Al-Sharaa a publié le décret n° (39) pour l'année 2026, accordant une amnistie générale pour les crimes commis avant son émission, conformément aux dispositions de la déclaration constitutionnelle et aux exigences de l'« intérêt national supérieur » tel qu'indiqué dans le décret.

Le décret prévoit la réduction de la réclusion à perpétuité ou de la détention à vingt ans, sauf pour les délits entraînant des préjudices personnels, sauf si la partie lésée renonce à ses droits personnels. Il accorde un délai de trois mois pour déposer des réclamations si elles n'ont pas été préalablement soumises. De plus, il prévoit une grâce totale pour ceux qui ont été condamnés par un jugement définitif et qui ont atteint l'âge de soixante-dix ans ou qui souffrent d'une maladie incurable mortelle, indépendamment de la nature de l'infraction, tout en respectant les conditions générales et les exceptions.

L'amnistie couvre toutes les peines pour les délits et les contraventions, ainsi que plusieurs crimes énoncés dans les lois concernant les drogues, le trafic, la réglementation des professions de change, le commerce de devises autres que la livre syrienne, et la contrebande de matériaux subventionnés. Elle s'applique également à une série de crimes en vertu des codes pénal général et militaire, et de la loi sur la cybercriminalité, à condition que certains de ces délits aient eu lieu avant le 8 décembre 2024.

Le décret accorde une amnistie conditionnelle pour les infractions d'enlèvement si l'auteur libère volontairement la personne kidnappée sans demander de compensation ou causer de dommages permanents, ou la remet à une autorité compétente avant l'émission du décret ou dans le mois suivant. Il prévoit également une amnistie conditionnelle pour les infractions liées aux armes et munitions en remettant l'arme dans un délai de trois mois.

Inversement, le décret exclut les crimes de torture et de traite des êtres humains, certains délits liés aux drogues, les crimes liés à la prostitution, le vol d'électricité et de réseaux de communication, la fraude aux examens, ainsi que les crimes impliquant des "violations graves contre le peuple syrien," en plus d'une large gamme d'infractions précisées dans le code pénal.

 

Débat constitutionnel sur l'autorité

Le décret a suscité un débat juridique important, commençant par des questions concernant sa base constitutionnelle.

 

 

L'avocat Almoutassim Al-Kilani a fait valoir qu'une amnistie générale est par nature un acte législatif, car elle établit une règle générale applicable à un groupe non précisé de personnes, supprimant effectivement le caractère criminel des actes qu'elle couvre. Al-Kilani a affirmé que la déclaration constitutionnelle provisoire de 2025 n'autorisait pas le Président à émettre une amnistie générale, limitant les pouvoirs présidentiels aux amnisties spéciales et à la réhabilitation. Par conséquent, l'émission d'un décret d'amnistie générale sans texte constitutionnel explicite soulève une question constitutionnelle concernant la compétence et le principe de légalité.

Al-Kilani a également noté que, dans la jurisprudence constitutionnelle, les pouvoirs exceptionnels sont interprétés de manière étroite et ne doivent pas être étendus par inférence ou analogie. Il a souligné que l'absence d'autorisation législative explicite place la légitimité du décret sous un examen juridique sérieux.

Pendant ce temps, l'avocat Michel Chammas a souligné que la déclaration constitutionnelle délimite clairement les pouvoirs, notant que l'autorité législative est exercée par l'Assemblée du peuple, tandis que les pouvoirs du Président se limitent à proposer des lois, émettre ce que l'assemblée approuve, et accorder des grâces spéciales. Chammas a fait valoir que la nécessité politique, quelle qu'elle soit, ne confère pas de pouvoirs constitutionnels non formulés, et que l'amnistie générale relève exclusivement de la compétence de l'autorité législative.

Le juge Hussein Hamada a clarifié la distinction essentielle entre amnistie générale et grâce spéciale, notant qu'une amnistie générale est une loi émise par l'autorité législative qui supprime le caractère criminel de l'acte lui-même, tandis qu'une grâce spéciale est un décret individuel affectant uniquement la peine sans modifier la caractérisation criminelle. Hamada a souligné le paradoxe que l'ancienne constitution syrienne accordait au Président le pouvoir d'émettre des décrets législatifs en l'absence de l'Assemblée du peuple, alors que la déclaration constitutionnelle actuelle ne contient aucune disposition similaire.

 

Président de la Syrie Ahmad Al-Sharaa. (AFP)
Président de la Syrie Ahmad Al-Sharaa. (AFP)

 

Répercussions politiques potentielles

Le débat va au-delà de la classification juridique vers des implications plus larges concernant la nature même de la phase de transition.

Les critiques soutiennent que le problème va au-delà de la simple violation d'une disposition de la déclaration constitutionnelle. Ils affirment que l'autorité issue de la Conférence de la Victoire—le même organe qui a élaboré et approuvé la déclaration avec la signature du Président, sans référendum populaire—ne peut être contournée. Ignorer le cadre établi par cette autorité pour organiser la phase de transition, selon eux, envoie le message que l'adhésion au texte constitutionnel est conditionnelle à la discrétion de l'autorité plutôt qu'une contrainte contraignante.

Certains experts juridiques et observateurs notent que l'absence d'une Assemblée du peuple pleinement constituée et d'une cour constitutionnelle active crée ce qu'ils décrivent comme un "vide interprétatif", permettant des lectures variées de l'action présidentielle—depuis celle de la considérer comme une mesure politique pour apaiser les tensions sociales, jusqu'à l'accusation d'utiliser l'amnistie comme un outil pour redéfinir les équilibres de sécurité dans certaines communautés.

Les critiques indiquent que la particularité de cette violation réside dans son effet sur l'un des rares domaines où la déclaration constitutionnelle maintient une certaine séparation des pouvoirs, puisque l'amnistie générale est réservée à l'autorité législative. Ils voient l'exercice par le Président de ce pouvoir comme un franchissement direct de la frontière entre les fonctions exécutive et législative, renforçant encore la concentration du pouvoir dans la présidence.

Ils soutiennent que violer le principe de séparation des pouvoirs pendant une phase de transition—destinée à être temporaire—suscite des préoccupations quant aux garanties futures, notamment la rédaction d'une constitution permanente et l'organisation d'élections pour conclure la période de transition. Ils mettent en garde contre le fait que le risque réside non pas dans une seule décision, mais dans le potentiel pour de telles actions de créer des précédents qui s'accumulent au fil du temps, notamment dans une phase de transition qui s'étend sur plusieurs années.

Certains mettent en garde que répéter de telles pratiques pourrait aboutir à ce qu'ils décrivent comme une "expansion pratique des pouvoirs", même si le texte constitutionnel reste formellement intact, laissant le reste de la phase de transition ouverte à une large gamme de possibilités.

 

Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.

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