الأحد - 23 حزيران 2024

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investir dans la culture

المصدر: Annahar
L’Orchestre philharmonique du Liban- Baalbek (Nabil Ismail).
L’Orchestre philharmonique du Liban- Baalbek (Nabil Ismail).
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Hiba Tawaji & Ibrahim Maalouf*
 
Nous nous appelons Hiba et Ibrahim. Nos prénoms sont une fierté pour nous car ils symbolisent notre attachement à la culture libanaise arabe. En même temps, notre éducation nous a amenés à considérer le rapprochement avec les cultures française et occidentale comme étant une véritable richesse pour notre pays. Ce mélange entre notre culture arabe et notre culture francophone fait nécessairement que notre regard sur la culture libanaise est teinté d’une volonté forte de métissages. Il n’y a rien de plus beau dans notre pays que ces mélanges entre toutes les communautés chrétienne, musulmane, arménienne, mais aussi l’apport des Français, des Européens, et tous les autres croisements qui ont développé chez le peuple libanais une véritable passion pour le voyage, le développement économique avec l’international, et une capacité à se fondre dans toutes les cultures du monde. La musique, la littérature, le cinéma, les festivals internationaux mondialement réputés, la danse avec des compagnies magnifiques, les comédies musicales, l’école des Rahbani, les universités de très haut niveau, autant de chances pour notre pays de développer des générations d’artistes et d’intellectuels qui peuvent représenter le Liban à travers le monde et tisser des liens culturels forts avec le monde entier.

À l’époque d’internet, rien n’est impossible. Toute cette matière grise artistique qui voyage à travers le monde pour représenter le Liban est une source économique, sociale, éducative et culturelle inestimable, puisque nous savons à quel point le Liban dépend de l’argent venant de l’étranger. Nous pensons sincèrement que si les gouvernements successifs prenaient conscience de l’apport économique, social et culturel de l’art, et qu’ils le finançaient activement, cela pourrait apporter beaucoup de réponses aux maux libanais. Investir dans un service public éducatif et culturel fort et dans un programme artistique de haut niveau, c’est miser sur des générations de futurs talents, de futurs intellectuels et de futurs ambassadeurs de notre pays qui participeront entre autre très activement au refinancement de notre pays.
 
Aristote disait : “Les racines de l'éducation sont amères, mais ses fruits sont doux.” Eduquer n’est pas chose aisée, et cela demande une volonté tout particulière, qui ne doit surtout pas être réservée aux plus aisés.

Diderot écrivait ceci à Catherine II sur la nécessité d’une éducation pour tous :
« Il serait aussi cruel qu’absurde de condamner à l’ignorance les conditions subalternes de la société. Dans toutes, il est des connaissances dont on ne saurait être privé sans conséquence. Le nombre des chaumières et des autres édifices particuliers étant à celui des palais dans le rapport de dix mille à un, il y a dix mille à parier contre un que le génie, les talents et la vertu sortiront plutôt d’une chaumière que d’un palais. »

L’accès aux plus modestes aux cinémas, aux salles de concerts, aux festivals, aux écoles de musique et de danse, à la lecture et à l’écriture devient aujourd’hui plus qu’indispensable. Faire rêver les enfants d’un monde meilleur en mettant entre leur mains des instruments de musique, des caméras pour créer des films, des plateaux pour danser, s’amuser et exprimer leur détresse, et avoir la possibilité aussi de faire exploser leurs joies d’enfants, de jeunes et d’adolescents, c’est se donner la chance d’avoir des générations d’hommes et de femmes capables de dialoguer, de se comprendre malgré les différences, de savoir s’exprimer, d’avoir de l’empathie, d’être sensibles, et donc d’apprendre à développer notre pays et d’y apporter un énorme potentiel social, artistique, culturel et économique.

Au-delà d’une économie interne financée par le privé depuis des décennies, qui a sauvé le monde artistique libanais de la misère, on ne peut plus imaginer un seul instant reconstruire notre beau Liban, sans une vitrine à la hauteur de son exigence et de son potentiel. Depuis toujours, nous sommes fiers de savoir que des actrices, acteurs, des chanteuses et chanteurs, des peintres, des écrivains, des musiciens, musiciennes, des danseuses et danseurs, des producteurs musicaux, cinématographiques, des réalisatrices et réalisateurs etc. en Europe, aux Etats Unis, au Mexique, en Colombie, au Brésil, au Canada, en France, en Australie et partout ailleurs qu’au Liban, sont d’origine libanaise. Parfois même certains d’entre eux n’ont jamais mis les pieds au Liban, et pourtant nous en sommes fiers. Alors imaginez seulement une minute que ces artistes soient nés et éduqués au Liban.

Nous pensons qu’en investissant plusieurs dizaines de millions de dollars par an dans un système public fort de développement de l’art, sur un programme de 10 à 20 ans favorisant très activement toutes les strates du monde éducatif et culturel libanais sans distinction régionales ou de niveau socio-culturel, (c’est à dire la construction de lieux de concerts, théâtres, opéras, et de représentation publiques, un peu partout dans le pays, mais aussi d’aide à l’éducation musicale et artistique dès le plus jeune âge dans les cursus scolaires, etc.), à le long terme ce seront des milliards de dollars qui seront générés par les générations qui en auront bénéficié.

Toute l’économie culturelle, et touristique en sera positivement impactée, ce qui agit nous le savons directement sur l’économie des familles, car les restaurants, les hôtels, les taxis, les petits commerces, les centres commerciaux, les lieux de vacances, les plages, les stations de ski, tout le monde en profiterait. Les écoles, les universités aussi, car il n’y a pas un endroit dans le monde qui respire la liberté artistique et la créativité, et où nous ne rêverions pas de mettre nos enfants.

Nous savons pertinemment que ce que nous proposons n’est pas une solution magique, ni providentielle. Elle ne changerait pas tout du jour au lendemain. Nous ne sommes pas naïfs. Mais nous sommes convaincus que ceci contribuerait bien plus que ce qu’on imagine, au bien-être social, au dialogue culturel et intergénérationnel. Et qu’au bout d’un certain temps, accompagné par une réelle stabilité politique, ce serait un bénéfice économique extrêmement lucratif pour l’ensemble des Libanais. Mais au-delà de cette conviction, il nous semble impossible de considérer qu’une société moderne et contemporaine puisse se passer d’une telle richesse culturelle. Ce n’est pour nous pas une option, ce n’est pas secondaire, ce n’est pas optionnel. C’est inhérent à l’oxygène que les Libanais respirent.

Platon disait « pour connaître un peuple, il faut écouter sa musique ».

Le Liban a tellement de belles musiques, de mélodies sublimes et d’œuvres d’art extraordinaires à créer, que le monde ignore encore qui nous sommes.
 
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