Au bord d'un "nouvel Iran"

Opinion 01-03-2026 | 12:02

Au bord d'un "nouvel Iran"

Les guerres aériennes non suivies de changements politiques rapides s'enlisent souvent en conflits d'usure. Si l'histoire en est un exemple, les prochaines 48 heures seront décisives.
Au bord d'un "nouvel Iran"
Les guerres aériennes non suivies de changements politiques rapides s'enlisent souvent en conflits d'usure. Si l'histoire en est un exemple, les prochaines 48 heures seront décisives (Teheran, AFP)
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Dans une attaque conjointe massive, les opérations "Divine Wrath" de l'Amérique et "Lion's Roar" d'Israël ont semé le chaos sur des cibles iraniennes ce samedi 28 février. Les raids représentent un moment tendu dans la politique de 'pression maximale' poursuivie par le président américain Donald Trump, mais ils doivent être vus comme une salve d'ouverture. Des questions se posent maintenant sur les limites de l'action militaire, le calendrier du changement de régime et dans quelle mesure la puissance aérienne peut briser la volonté de Téhéran.

 

Dimensions du conflit

Les opérations sont limitées par des impératifs stratégiques et des contraintes opérationnelles. Selon Trump, l'objectif principal est de détruire l'industrie des missiles de l'Iran, empêcher Téhéran d'acquérir des armes nucléaires et paralyser l'axe régional du régime. À ce jour, la guerre se limite à des attaques navales et aériennes sans indications d'une invasion terrestre généralisée.

 

Les frappes aériennes initiales ont ciblé des lieux à Téhéran, Isfahan, Qom, Karaj, Kermanshah, Tabriz et Ilam. Les attaques ne se limitaient pas aux installations militaires, mais auraient également visé la résidence du Guide suprême Ali Khamenei et le bureau présidentiel à Téhéran. Cet élargissement du champ des cibles suggère que les plans pour une guerre limitée pourraient avoir été supplantés par une stratégie de décapitation, bien qu'il soit encore trop tôt pour le dire.

Des Iraniens tentent d'évacuer une rue à Téhéran après le début des frappes. (Presse française).jpg
Des Iraniens tentent d'évacuer une rue à Téhéran après le début des frappes. (Presse française).jpg

Alors que Washington et Tel-Aviv poussent pour un changement radical, des puissances telles que la Russie et la Chine mettent en garde contre des conséquences catastrophiques. La Russie, par l'intermédiaire de Dmitry Medvedev, a mis en question le résultat attendu des États-Unis face à une civilisation perse qui s'étend sur 2 500 ans, décrivant les négociations antérieurement en cours entre Mascate et Genève comme un simple 'couvert' pour l'opération militaire.

 

La Chine, qui achète environ 80 % du pétrole iranien, voit la guerre comme une menace directe pour sa sécurité énergétique, ce qui pourrait inciter le pays à prendre des contre-mesures diplomatiques ou économiques.

 

Le dilemme du changement de régime

Les frappes aériennes sont-elles suffisantes pour provoquer un changement de régime en Iran ? Trump a explicitement appelé les Iraniens à 's'emparer de leur gouvernement', indiquant que cela pourrait être 'leur seule opportunité qui ne se reproduira pas pendant des générations'. Cependant, les analyses militaires suggèrent que le délai pour atteindre cet objectif pourrait être bien plus long que ne l'espèrent les Américains.

 

Historiquement, le pouvoir aérien a éprouvé des difficultés à 'contrôler les événements au sol' après l'intensification des raids. Dans le cas de l'Iran, des experts de l'Institute for the Study of War (ISW) et du Center for Strategic and International Studies (CSIS) soutiennent que le régime clérical de Téhéran est 'faible' et perd de son emprise en raison de crises successives. Les raids aériens sont souvent décrits comme pouvant être la 'dernière goutte qui fait déborder le vase'.

Un cycliste passe devant une fresque murale anti-américaine à Téhéran, Iran, le 26 février 2026. (Presse française)
Un cycliste passe devant une fresque murale anti-américaine à Téhéran, Iran, le 26 février 2026. (Presse française)

Les frappes aériennes peuvent accélérer le changement de régime via deux mécanismes principaux : premièrement, elles peuvent inciter les manifestants à descendre dans la rue, en affaiblissant les appareils de sécurité et en réduisant le prestige du régime ; et deuxièmement, elles peuvent inciter à des défections, car des failles dans le leadership supérieur, notamment le Guide suprême Ali Khamenei et le Président Masoud Pezeshkian, pourraient créer un vide de leadership à remplir par des éléments pro-occidentaux.

 

Malgré ces attentes, d'autres estiment que le régime iranien possède une structure de sécurité 'obstinée', bâtie sur des décennies de pratiques de guerre asymétrique. Changer le régime pourrait nécessiter une campagne aérienne de plusieurs semaines ou mois, bien au-delà de la 'guerre des 12 jours' qui a éclaté en juin 2025. Si les frappes aériennes ne se traduisent pas par de larges défections ou un soulèvement populaire, les États-Unis pourraient devoir envisager des options plus coûteuses, y compris le déploiement de forces spéciales pour détruire des bunkers profonds, voire une intervention terrestre limitée, ce que les analystes ont averti pourrait être un potentiel 'bourbier'.

 

Le dilemme de l'usure

L'Iran a démontré une capacité remarquable à lancer des attaques de missiles simultanées dans plusieurs directions, vers Israël, et vers des bases militaires américaines en Irak, au Kurdistan, à Bahreïn, au Qatar et aux Émirats Arabes Unis, posant un défi significatif à l'hypothèse que les frappes aériennes pourraient décider de la bataille.

 

Le problème pour les planificateurs militaires à Washington et Tel-Aviv est que l'Iran possède des milliers de missiles à courte et moyenne portée, répartis sur des plateformes de lancement mobiles. Ces plateformes peuvent être dissimulées dans des zones forestières, sous des ponts, ou dans des 'villes de missiles' profondes, ce qui rend leur destruction par voie aérienne très difficile en peu de temps. Il est important de noter que Trump a affirmé après la dernière guerre que ses avions avaient complètement détruit le programme nucléaire iranien, une évaluation que les responsables de l'administration ont à plusieurs reprises contredite à l'approche des récentes frappes.

Des Juifs prient dans un abri à Tel-Aviv après le début de la réponse iranienne. (Presse française)
Des Juifs prient dans un abri à Tel-Aviv après le début de la réponse iranienne. (Presse française)

De plus, après la guerre de juin 2025, l'Iran a reconstitué son stock de missiles lourds, l'augmentant à environ 2 000 missiles capables de toucher Israël. Sa capacité à 'saturer' les défenses aériennes avancées en lançant un grand nombre de missiles simultanément accroît les risques de pertes importantes parmi les forces américaines et alliées, ce qui pourrait entraîner des pressions politiques internes aux États-Unis pour mettre fin à la guerre.

 

L'histoire montre que les guerres aériennes non suivies d'un changement politique rapide se transforment souvent en conflits d'usure. De plus, la réponse iranienne par missiles et cyberattaques, et l'utilisation de proxys régionaux (comme les Houthis, les milices irakiennes, et peut-être le Hezbollah), pourraient élever le coût de la guerre à des niveaux inacceptables pour les pays hôtes de bases américaines, créant potentiellement des fissures dans l'alliance régionale anti-Iran.

 

Parallèlement, l'absence d'une alternative organisée au régime actuel pourrait conduire à la fragmentation de l'Iran en factions en guerre, créant une nouvelle menace sécuritaire caractérisée par le chaos et la prolifération d'armes à roquette et nucléaires parmi des acteurs non-étatiques.

 

Les jours à venir décideront si le pari du duo Trump-Netanyahu sur une puissance aérienne écrasante conduit à la naissance d'un 'Nouvel Iran', ou plonge la région dans un conflit plus large et plus sanglant. Dans tous les cas, la capacité de l'Iran à absorber le choc initial et à répondre dans plusieurs directions suggère que la bataille est encore à ses débuts, et que l'ancienne équation de dissuasion a bel et bien disparu. Les contours de la nouvelle équation restent à définir.

 

Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar.

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