La Libye après l'assassinat de Saif al-Islam : Pouvoir, mémoire et une enquête inachevée
La Libye a tourné la page de Saif al-Islam Kadhafi, le fils de l'ancien président Mouammar Kadhafi, mais son ombre semble rester présente sur la scène libyenne pour longtemps, au milieu de doutes généralisés sur la capacité des autorités divisées à découvrir les circonstances de son assassinat et les personnes impliquées.
Les funérailles comme indicateur politique
Les funérailles de Saif al-Islam, organisées à Bani Walid (une ville de l'ouest de la Libye connue comme bastion des loyalistes de Kadhafi), n'étaient pas simplement une cérémonie d'adieu mais se sont transformées en un indicateur politique et populaire frappant. La grande assistance et les chants qui l'accompagnaient, appelant à la divulgation des meurtriers de Kadhafi et à l'adhésion à son projet politique, ont de nouveau souligné l'ampleur du soutien dont il bénéficiait et ont ouvert la porte à des questions sur le sort de ce courant et qui pourrait l'hériter.
À l'inverse, l'absence des autres membres de la famille Kadhafi, notamment ses frères et sœurs Aïcha, Hannibal et Saadi, a reflété la complexité persistante de la question familiale et le fait qu'elle n'a pas été close avec la disparition du fils le plus influent et controversé.
Une enquête complexe et des questions au-delà des auteurs
En même temps, l'ambiguïté entourant les circonstances de l'assassinat de Saif al-Islam continue de peser lourd sur la scène, l'attention se concentrant sur le commandant de la Brigade Abu Bakr al-Siddiq (un groupe armé local), Ajmi al-Atiri, qui avait été responsable de sa protection pendant des années, en tant que témoin clé des dernières heures avant son meurtre, notamment après la révélation du retrait d'éléments de sécurité des alentours de sa maison peu avant l'opération. La controverse autour de la présence même d'al-Atiri aux funérailles reflétait la sensibilité et la division entourant l'affaire.
Dans ce contexte, la position de Saadi Kadhafi, qui a nié avoir porté des accusations et a affirmé qu'il attendait les résultats de l'enquête, a coïncidé avec l'appel de la famille à ses partisans à observer le silence médiatique, dans une tentative de contrôler le récit public et de laisser le cours de l'affaire entre les mains de la justice.
Le professeur de droit Fathi al-Shibli exprime sa confiance dans la capacité du procureur public libyen à identifier les auteurs du crime, mais il souligne, dans ses déclarations à An-Nahar, qu'« il y a une différence entre découvrir les auteurs de l'assassinat et atteindre ceux qui sont derrière eux. La véritable difficulté réside dans l'identification de la partie qui a donné les ordres et réalisé l'opération, surtout à la lumière de l'ingérence politique et des indications que le crime a des dimensions internationales. »
Al-Shibli, qui dirige la Coalition des Partis Libyens, estime que les funérailles, auxquelles a assisté une large participation populaire de tout le pays, représentent dans une large mesure un référendum populaire sur la position de Saif al-Islam, soulignant que « n'étaient les conditions sécuritaires et les longues distances, la participation aurait été bien plus importante. » Il ajoute que « tout le monde sait, depuis l'annulation des élections de 2021, que Saif al-Islam jouissait d'une large popularité, que ce soit parmi les partisans de la Révolution de Septembre (le coup d'État de 1969 qui a porté Mouammar Kadhafi au pouvoir) ou même parmi certains partisans de la Révolution de Février (le soulèvement de 2011), qui ont fini par être convaincus que la voie suivie par les événements n'a pas conduit à la construction d'un État, notamment parmi des segments de la jeune génération. »
Al-Shibli croit que l'émergence d'une figure capable de succéder à Saif al-Islam et d'unifier son courant derrière elle « serait extrêmement difficile, » car cela nécessiterait un long temps pour qu'un nouveau leadership se forme, et cette voie reste liée aux développements politiques à l'échelle locale et internationale.

Un vide « symbolique »
À son tour, le chercheur et conseiller en affaires politiques Alaa al-Din ben Othman estime que « le véritable défi ne réside pas dans l'ouverture de l'enquête, mais dans la conviction du public libyen de ses résultats. »
Ben Othman déclare à Annahar que « l'intensité de la division et la perte de confiance entre les acteurs politiques poussent une partie de l'opinion publique à douter préventivement de tous résultats, ce qui rend le soutien technique ou de surveillance international un facteur utile pour renforcer la crédibilité. »
Il ajoute que la grande affluence aux funérailles « reflète une réalité qui existe déjà dans la rue libyenne, mais elle ne peut pas être lue comme un vote politique direct. » Il explique que « de larges segments de Libyens subissent une fatigue politique et économique après des années de division, ce qui a généré une nostalgie pour une période considérée comme plus sûre et plus stable comparée au présent, » notant que « cette participation exprime un espoir perdu plus qu'elle ne reflète un projet politique pleinement formé. »
Ben Othman souligne également que « les courants liés à des personnalités spécifiques font toujours face à une épreuve difficile après la disparition de la figure centrale, » soulignant que Saif al-Islam « représentait un point de rencontre pour une partie des partisans de l'ancien régime, et que son absence ouvre un vide symbolique plutôt qu'organisationnel. » Par conséquent, toute figure cherchant à lui succéder « ne sera pas jugée par son nom ou son affiliation, mais par sa capacité à présenter un projet réaliste qui s'engage avec la Libye après 2011. »