Le tourisme hivernal au Liban : un coup de pouce saisonnier, pas une relance
Sous un ciel assombri par l'anxiété politique et économique, le tourisme hivernal au Liban tente de se frayer un chemin en tant que fenêtre d'espoir saisonnière, reflétant une vitalité économique localisée plutôt qu'une véritable reprise. Malgré ses attractions rares dans son environnement arabe, notamment le ski alpin, le tourisme hivernal reste confiné par la géographie et les activités de montagne et ne peut pas devenir un véritable moteur économique à lui seul.
Cette saison hivernale, selon Pierre Achkar, président du Syndicat des institutions touristiques, "semble relativement prometteuse, mais limitée dans son contenu et sa capacité à générer des revenus durables, même si les résultats initiaux portent des signaux positifs. Janvier et février ont enregistré une bonne activité de réservation, avec une occupation presque complète les week-ends de janvier, et les prévisions indiquent que février sera plus actif en raison des vacances scolaires et des occasions festives. Cependant, les réservations montrent des séjours courts de pas plus de trois jours, à côté de séjours plus longs allant de cinq à dix jours, notamment de visiteurs égyptiens, koweïtiens et émiratis".
Selon Achkar, l'assurance du Président de la République qu'il n'y aurait pas de guerre au Liban a marqué un véritable tournant dans l'ambiance touristique. Elle "a dissipé une vague d'analyses médiatiques pessimistes qui avaient assombri la scène politique et militaire, brisé l'état d'anticipation, et fourni un regain de confiance relatif tant pour les touristes que pour les expatriés. L'impact de cette assurance est devenu évident pendant Noël et le Nouvel An, lorsque les établissements touristiques ont enregistré de meilleures performances par rapport aux périodes précédentes qui voyaient habituellement des baisses marquées avant ou après les fêtes".
La contribution de la saison hivernale aux recettes touristiques nationales globales, selon les estimations des professionnels du secteur, s'élève à environ 30% à 50% des recettes de la saison estivale. Bien que ce chiffre puisse sembler frappant à première vue, il reflète moins la santé du secteur que les limites de sa capacité opérationnelle. Le tourisme, tel que le décrit Achkar, n'est pas une ruée saisonnière ou une activité de vacances, mais une industrie durable qui fonctionne toute l'année.
Dans les pays orientés vers le tourisme, la saison estivale s'étend sur six mois, tout comme la saison hivernale. Au Liban, en revanche, chaque saison est compressée en seulement trois mois, ce qui signifie que le secteur fonctionne effectivement pendant seulement la moitié de l'année, et à capacité réduite.
En ce qui concerne les revenus annuels, Achkar préfère éviter les chiffres absolus. Au Liban, les chiffres sont "devenus des points de vue conflictuels, en l'absence d'une référence officielle unifiée et fiable." Il s'appuie donc sur les taux d'occupation comme indicateur de performance plus réaliste.
Ces taux révèlent le paradoxe central du tourisme hivernal : les zones de ski enregistrent près de 100% d'occupation pendant trois jours en fin de semaine, tandis que les quatre jours restants sont presque vides. Un indicateur de santé pour un pays bien présent sur la carte touristique devrait se situer entre 70% et 80% sur trois mois consécutifs, plutôt que d'être confiné aux week-ends.
Malgré cela, le Liban possède un avantage rare dans son environnement arabe : le ski alpin. Ce sport est largement absent dans les pays arabes, offrant ainsi au Liban une chance exceptionnelle d'attirer des étudiants, des écoles et des universités de la région. Les touristes qui viennent apprendre le ski ne restent pas deux jours, mais une semaine ou dix jours, comme c'est courant en Europe, activant un cycle économique totalement intégré qui inclut hôtels, restaurants, transports et services. Pourtant, ce potentiel reste inexploité en l'absence d'une stratégie nationale claire.
Historiquement, le tourisme hivernal au Liban attirait des retraités européens, notamment ceux de plus de 65 ans, recherchant des destinations hivernales moins coûteuses et des visites culturelles sur des sites archéologiques tels que Baalbek et Tyr, deux grandes villes anciennes du Liban. Aujourd'hui, Achkar dit, "ce groupe est presque absent. Les Allemands, Français et Italiens qui visitaient le Liban pour sa culture et son histoire se sont réduits à des dizaines plutôt qu'à des milliers, alors que le tourisme a besoin de dizaines de milliers de visiteurs chaque mois pour être économiquement viable".
Quant aux chiffres, il n'est pas possible de déterminer le nombre exact de touristes hivernaux en raison de l'absence d'un système statistique qui distingue les touristes des visiteurs voyageant pour le travail. Chaque personne entrant par l'aéroport est comptée comme une seule figure, des travailleurs étrangers aux employés des organisations internationales, dont le nombre est estimé à environ 15 000. Ils sont comptés comme arrivées à chaque entrée et sortie, sans être de vrais touristes.
Au plus fort de l'hiver, en particulier en janvier et février, les arrivées quotidiennes ne dépassent pas 8 000 personnes, contre entre 18 000 et 20 000 par jour en été. Il est également impossible de déterminer combien de ces visiteurs viennent spécifiquement pour skier, rendant problématique les estimations de revenus.
Selon les estimations intersectorielles, le tourisme hivernal compte pour pas plus de 10% des recettes touristiques totales au Liban. Les sources touristiques confirment que l'activité dans les stations de ski est principalement de caractère local, les visiteurs libanais formant la plus grande part, surtout ceux utilisant des véhicules à quatre roues motrices. Les Arabes ne représentent pas plus de 10% de l'activité globale, tandis que les Européens représentent une part encore plus petite.