Un nouvel axe de médiation : L'Arabie Saoudite, les États-Unis et l'Égypte peuvent-ils briser l'impasse en Libye ?
Dans la rue libyenne, de nombreuses questions se posent sur ce qui semble être des mouvements internationaux coordonnés pour tenter de percer dans la crise libyenne. Certains les considèrent comme une opportunité qui pourrait être utilisée pour dessiner une voie politique avec un soutien international et régional visant à mettre fin à la division, tandis que d'autres craignent qu'ils soient utilisés par ceux qui contrôlent la scène pour renforcer leurs intérêts et rester au pouvoir.
La ville allemande de Stuttgart a accueilli une réunion de sécurité parrainée par le Commandement Afrique des États-Unis (AFRICOM), réunissant Saddam Haftar, le commandant adjoint de l'Armée nationale libyenne (ANL en Libye orientale), et Abdul Salam al-Zoubi, le vice-ministre de la Défense du gouvernement central de l'ouest de la Libye. C'était la première réunion de ce genre depuis la mort du chef d'état-major libyen Mohammed Ali Ahmed Al-Haddad le mois dernier dans le crash de son avion en Turquie.
La rencontre entre al-Zoubi et le fils de Haftar est intervenue à la veille du voyage de ce dernier à Paris, sur l'invitation officielle du Palais de l'Élysée, en signe clair de l'insistance de Washington sur la coordination et la coopération entre les forces libyennes de l'est et de l'ouest en vue d'unifier l'institution militaire libyenne, et d'éviter toute retombée négative suite au départ d'al-Haddad sur ce dossier.
Selon les informations obtenues par Annahar, la réunion de Stuttgart s'est concentrée sur la finalisation des arrangements pour les exercices "Flintlock 26", qui réuniront pour la première fois des forces conjointes de l'est et de l'ouest sous le commandement de l'AFRICOM, prévus pour ce printemps dans la ville côtière de Syrte (centre de la Libye). Les discussions ont principalement porté sur les détails techniques relatifs à la sélection des unités participant à l'exercice, la distribution des armes, la gestion des salles d'opérations, ainsi que sur la sécurisation de la zone d'exercice et de son espace aérien, qui devrait commencer le mois prochain avec le transport des armes à Syrte. Cependant, l'absence de Salah al-Namroush, qui a pris le poste de chef d'état-major par intérim et est proche de la Turquie, suggère que Washington n'est pas encore satisfait de sa nomination.
Cela coïncide avec l'entrée du Royaume d'Arabie Saoudite dans la crise libyenne et sa médiation entre les parties locales, avec l'ouverture de lignes de communication tripartites reliant Riyad, Washington et le Caire pour réorganiser la scène politique confuse en Libye.
Selon ce qu'Annahar a appris, les discussions portent sur l'évitement de l'effondrement de la stabilité fragile, tout en ouvrant des dossiers sensibles, notamment la possibilité d'un transfert discret du commandement de l'Armée nationale libyenne, avec des craintes de scissions qui pourraient affecter la stabilité et la cohésion de l'institution si le général Khalifa Haftar, le père de Saddam, partait.
Cela se déroule parallèlement aux doutes occidentaux persistants quant à la capacité de la Libye orientale à desserrer ses liens profonds avec son allié russe, et, de l'autre côté, à la fragilité affectant la structure de gouvernement en Libye occidentale, notamment quant à savoir si le gouvernement central d'unité nationale peut être restauré, à la lumière de l'ambiguïté entourant la santé de son Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah. Il y a également la question des changements prévus au sein de la direction des agences de sécurité légitimes, notamment le poste sensible de chef d'état-major après le départ d'Al-Haddad, pour lequel trois figures sont actuellement envisagées : le général-major Osama al-Juwaili, le lieutenant-général Ahmed Ali Abu Shahma, et le commandant de la zone militaire de Tripoli Abdel Baset Marwan.
Le dossier libyen était présent à l'ordre du jour des entretiens tenus au Caire mercredi dernier par le conseiller présidentiel américain Mossad Boulos avec le président Abdel Fattah al-Sisi et le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty. Cela coïncidait avec des discussions économiques tenues à Riyad avec des représentants du gouvernement central basé à l'ouest, ainsi que des réunions menées par le chargé d'affaires saoudien en Libye, l'ambassadeur Abdullah Al-Salmi, avec des groupes sociaux et des militants politiques libyens.

Le chercheur libyen en politique internationale Osama al-Shahoumi lie l'entrée de l'Arabie Saoudite dans la crise libyenne à ce qu'il considère comme "une prise de conscience régionale et internationale que la gestion de la crise libyenne à un niveau minimum n'est pas suffisante, étant donné que l'impasse politique et la division institutionnelle posent un risque pour la stabilité en Afrique du Nord et en Méditerranée orientale."
Al-Shahoumi note dans une déclaration à Annahar que le mouvement de Riyad est accompagné de "réunions militaires dirigées par Washington entre les forces de l'est et de l'ouest, visant à construire un état de confiance progressif entre les deux parties, sans imposer une unification forcée de l'institution militaire. L'approche américaine repose sur le principe qu'un règlement politique restera fragile sauf s'il est accompagné d'arrangements sécuritaires réalistes, même s'ils sont lents."
Al-Shahoumi, qui décrit les efforts coordonnés entre Washington, Riyad et Le Caire comme "une opportunité potentielle, non une solution prête à l'emploi", estime que le Royaume a des avantages que d'autres États régionaux actifs ne possèdent pas car il n'a jamais été une partie directe au conflit militaire libyen à tout moment, ce qui lui donne une marge de mouvement plus large en tant que médiateur.
Il ajoute qu'il a également un poids politique, économique et même religieux qui lui permet de rassembler les parties opposées. Il ajoute que la coordination de Riyad avec Washington et Le Caire "réduit les chances de concurrence internationale et régionale, notamment de la part de la Turquie, qui essaie toujours d'exploiter la division pour consolider son influence."
Mais en même temps, il conditionne le succès de ces démarches à la surmontée de plusieurs défis, au premier rang desquels l'existence d'une véritable volonté libyenne de dépasser la phase difficile que traverse le pays.