Redéfinir la sécurité du Golfe : Leçons de l'agression iranienne
Par Walid Safi
Le défi auquel les États du Golfe ont été confrontés a certainement sapé la confiance entre ces pays et le régime iranien. La fin de la guerre devrait ouvrir la voie à deux chemins...
Le lendemain dans les pays du Golfe arabique sera différent du jour où l'Iran a commencé son agression contre ces États, en violation des principes de bon voisinage, de la Charte des Nations Unies et du droit international et humanitaire. Ces pays ont exercé leur droit de défendre leurs patries sans être entraînés dans une guerre totale, et ce pour plusieurs raisons.
Le défi auquel ont fait face les États du Golfe a certainement sapé la confiance entre ces pays et le régime iranien. La fin de la guerre devrait ouvrir la voie à deux chemins :
Le premier est la poursuite de l'institutionnalisation des relations entre les États, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Le second est le développement d'une nouvelle doctrine de sécurité qui mènerait à un passage de la logique de « coordination politique et militaire » à la logique de « sécurité collective pratique ».
Cette approche met en pratique la déclaration du Conseil de coopération du Golfe du 1er mars 2026, selon laquelle la sécurité de ses États membres est « indivisible » et qu'une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, tout en conservant le droit à l'autodéfense individuelle et collective conformément à l'article 51 de la Charte des Nations Unies.
L'Iran comme menace immédiate
La doctrine de sécurité précédente dans le Golfe considérait l'Iran comme un voisin représentant une menace indirecte. Cependant, l'agression iranienne a renversé cette notion, puisque l'Iran représente désormais une menace directe en ciblant les aéroports, les ports et les infrastructures énergétiques et hydrauliques. Il pose également une menace à la stabilité sociale par le biais de cellules dormantes liées aux gardiens de la Révolution.
Malgré la haute efficacité des systèmes de défense dans les pays du Golfe, l'ampleur et la nature des attaques ont démontré la nécessité de consolider et d'institutionnaliser le concept de « sécurité collective du Golfe ».
Politiquement, la transformation de l'Iran en adversaire prêt à cibler le Golfe à grande échelle oblige les États du CCG à séparer les questions de sécurité des divergences politiques et à unifier leur approche envers l'Iran.
Unifier cette approche nécessite de tirer des leçons sur l'étendue des menaces et les enseignements qu'elles fournissent. Téhéran n'a épargné ni le Qatar ni le Sultanat d'Oman, ignorant leurs efforts de médiation. De même, les positions des États du Golfe opposées à la guerre avec l'Iran et leurs appels au Président des États-Unis à privilégier les solutions politiques aux actions militaires n'ont eu aucun effet protecteur.
Toute négociation future avec l'Iran doit être accompagnée d'une politique de « dissuasion défensive », qui implique des défenses en couches, des capacités d'interception améliorées, des infrastructures renforcées et une position collective sur la liberté de navigation.
Priorités des États du Golfe
Que les pays du Golfe arabique participent ou non aux négociations prévues entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre, et que le régime iranien reste au pouvoir, change ou s'effondre dans le chaos, le Golfe est confronté à de multiples priorités et responsabilités au niveau des politiques pratiques de défense et de sécurité.
Après la guerre, il est probable que les priorités incluront l'établissement d'un réseau d'alerte précoce et d'interception véritablement unifié à l'échelle du Golfe, le renforcement des installations pétrolières et gazières, des ports et des aéroports en tant que cibles principales de la guerre, et la protection des routes maritimes et de la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz et Bab el-Mandeb grâce à des arrangements collectifs plus larges. Il y aura également besoin d'une réponse politique, sécuritaire et juridique conjointe aux cellules de sécurité créées par les gardiens de la Révolution dans plusieurs pays du Golfe pour déstabiliser leur sécurité et stabilité. Les découvertes jusqu'à présent aux Émirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn fournissent des preuves claires de l'ampleur des défis à venir dans ce domaine.
En termes politiques, l'agression iranienne contre le Golfe a offert à ces États une opportunité de se redéfinir dans les domaines de la défense, de la sécurité et de l'économie.
La prise de conscience dans le Golfe aujourd'hui de la nécessité de tirer parti de ce choc est très élevée. Il est crucial que la construction d'un bloc économique-sécuritaire solide prenne le pas sur toutes les différences et la concurrence entre les États membres.
Redéfinir les relations du Golfe avec la Turquie et le Pakistan est une question stratégique qui pourrait permettre au Golfe d'atteindre une dissuasion défensive durable contre les ambitions futures de l'Iran, quelle que soit la forme de son régime ou sa doctrine. Les États du Conseil de coopération du Golfe ont une opportunité historique de réaliser cette transformation.
Professeur de sciences politiques à l'Université libanaise
Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues d'Annahar
