La véritable question sur l'hostilité envers le Golfe
Par Mohammed Al Rumaihy
De nombreuses campagnes contre les pays du Golfe peuvent être comprises autrement. Elles témoignent que ces voix sont toujours emprisonnées dans une vision mondaine aveuglément idéologique. C'est pourquoi la question « Pourquoi nous détestent-ils ? » n'est peut-être pas la plus appropriée...
Chaque fois que les pays du Golfe font face à une attaque ou une menace, certaines voix apparaissent dans les médias arabes qui font plus que soutenir l'agression : elles la célèbrent ouvertement.
Nous avons vu cela clairement ces derniers jours lorsque des attaques iraniennes ont visé des aéroports et des zones civiles dans le Golfe. Au lieu d'une réponse arabe unifiée condamnant les attaques contre des villes où vivent des civils arabes, quelques voix fortes ont exprimé une sorte de satisfaction malveillante. La question n'est pas seulement éthique mais aussi analytique : pourquoi de telles attitudes apparaissent-elles ? Et pourquoi se reproduisent-elles chaque fois que le Golfe connaît une crise ?
Ces voix peuvent être divisées en trois groupes principaux :
Le premier groupe est petit et animé par des griefs personnels. Certains de ses membres ont travaillé dans le Golfe et ont vécu des expériences négatives, peut-être en raison de violations de la loi, de conflits professionnels, de rancunes personnelles ou d'attentes non satisfaites de richesse. Ces expériences personnelles se transforment parfois en hostilité, qui est alors injustement généralisée à l'ensemble des sociétés. Ce genre d'animosité est généralement émotionnel plutôt que politique.
Le deuxième groupe est façonné par l'ignorance ou une compréhension politique superficielle. Ils consomment des nouvelles et des analyses médiatiques sans pouvoir séparer les faits de la propagande. Ils sont facilement influencés par la rhétorique idéologique, sectaire ou mobilisatrice, adoptant des positions extrêmes sans comprendre pleinement les complexités politiques.
Cependant, ces deux groupes, bien que présents, ne sont pas les plus significatifs. Le troisième groupe est le plus important et mérite d'être examiné. Il comprend des commentateurs et des écrivains qui se présentent comme des penseurs politiques. Ils comprennent la politique et ont des outils d'analyse, mais prennent souvent le mauvais côté en raison de préjugés idéologiques préexistants.
Historiquement, ce groupe a tendance à parier sur le mauvais cheval. En 1990, lorsque Saddam Hussein a envahi le Koweït, certains d'entre eux ont affirmé qu'il avait la « quatrième plus grande armée du monde », pouvait changer l'équilibre des pouvoirs, et était sur le point de capturer Jérusalem. Nous savons comment cela s'est terminé : le Koweït a été libéré, et ce récit s'est effondré.
Le même schéma est apparu avec Al-Qaïda. Certains ont affirmé que l'ascension d'Oussama Ben Laden signalait une « victoire historique » sur l'Occident. Quelques années plus tard, il est devenu clair que ces groupes avaient apporté le désastre à la région, et l'idée d'une victoire imminente n'était rien de plus qu'une illusion politique.
Ces dernières années, le même schéma s'est répété avec certaines interprétations enthousiastes des événements à Gaza. Au lieu d'évaluer de manière réaliste le rapport de force, la tragédie humanitaire massive vécue par les Palestiniens a été présentée comme si elle était un prélude à une victoire inévitable. En réalité, cette rhétorique a induit en erreur une partie du public arabe, et même certains Palestiniens.
L'ironie est que ce même groupe adopte désormais une position hostile envers les pays du Golfe lorsqu'ils font face à des guerres imposées. Cela soulève une question plus profonde : pourquoi les pays du Golfe en particulier ?
Les États du Golfe ne sont pas les seuls pays arabes à disposer de ressources économiques significatives. L'Irak, par exemple, possède l'une des plus grandes réserves de pétrole au monde. La Libye est riche en ressources pétrolières, et l'Algérie dispose également d'une richesse énergétique substantielle. Pourtant, ces pays ne font pas face au même niveau de campagnes ciblant le Golfe. Les pays du Golfe ont généreusement fourni de l'aide à d'autres nations arabes—sans chercher à être reconnus—estimée à 900 milliards de dollars d'ici 2025, et à la cause palestinienne cumulativement depuis 1967 à environ 110 milliards de dollars, bien plus que ce que d'autres pays ont contribué.
La raison de cette attitude de jubilation n'est généralement pas seulement la richesse, mais le modèle de l'État. Malgré de nombreux défis, les pays du Golfe ont, au cours des dernières décennies, atteint un degré de stabilité politique et de développement économique. Ils ont également joué des rôles influents dans l'économie mondiale et dans le système régional. Ce succès génère une forme d'envie politique parmi certaines élites de la région.
De plus, les pays du Golfe sont devenus des hubs économiques et médiatiques importants au cours des dernières décennies, étendant leur influence au-delà de leurs frontières géographiques. Plus leur présence politique et économique est grande, plus ils attirent de critiques négatives ou d'hostilité.
Pourtant, l'expérience politique au cours des dernières décennies révèle une vérité plus claire : bon nombre de ces positions idéologiques se sont avérées erronées au fil du temps. On peut même dire qu'il existe une règle non écrite dans la politique arabe contemporaine : le camp qui reçoit l'enthousiasme de ces voix finit souvent par perdre.
Il est également notable que plus ce groupe défend farouchement une position idéologiquement, et plus sa rhétorique d'intimidation devient forte, plus cela signale souvent la faiblesse de cette position plutôt que sa force. L'histoire nous enseigne que les réalités politiques solides n'ont pas besoin de bruit pour se prouver.
De ce point de vue, bon nombre des campagnes contre les pays du Golfe peuvent être lues différemment. Elles montrent que ces voix sont encore piégées dans une vision du monde aveuglément idéologique. Pour cette raison, la question « Pourquoi nous détestent-ils ? » n'est peut-être pas la plus précise. Une question plus précise pourrait être : pourquoi certains analystes continuent-ils à répéter les mêmes erreurs d'interprétation politique ? Le problème réside dans le prisme idéologique à travers lequel ils voient le monde.
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