Combiner sécurité et diplomatie… Qui est Ali Larijani et pourquoi a-t-il été ciblé ?
Qui est Ali Larijani, que Israël a annoncé avoir ciblé en pleine escalade avec l'Iran ?
L'Iran n'a pas confirmé la nouvelle de l'assassinat de Larijani, mais les médias officiels iraniens ont rapporté qu'il ferait une déclaration, suivie par la publication d'une déclaration manuscrite sur son compte sur la plateforme 'X'.
Cependant, ce ciblage n'est pas ordinaire. Quand le nom d'Ali Larijani est mentionné dans le contexte des frappes, la question n'est pas seulement 'Qui est-il ?', mais : Pourquoi lui spécifiquement ?
Dans une entité complexe comme la République islamique, l'importance ne se mesure pas seulement par les postes officiels mais par la proximité avec le centre de la prise de décision. Dans cette perspective, Larijani émerge comme l'une des figures les plus influentes et les plus fiables auprès d'Ali Khamenei, l'homme sollicité lors des moments critiques où la politique croise la sécurité et la diplomatie avec la guerre.
Larijani (né en 1958) occupe le poste de secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, une position qui le place pratiquement au cœur de la prise de décision stratégique, non pas à sa périphérie.
Mais son importance ne provient pas uniquement de sa position actuelle mais d'un long parcours au sein des structures du système : des Gardiens de la révolution, à la présidence du parlement entre 2008 et 2020, à son rôle de négociateur du nucléaire dans l'un des dossiers les plus sensibles.

C'est là que commence l'explication de son ciblage.
Il ne représente pas une faction politique traditionnelle mais sert de lien entre plusieurs cercles : sécurité, négociation et relations internationales. Ces derniers mois, il s'est déplacé entre Mascate et Moscou, s'engageant dans des canaux de négociation indirects avec Washington, tout en accompagnant la réévaluation des relations de Téhéran avec ses alliés, de la Russie à la Chine. Cette présence multifacette au sein des cercles de prise de décision rend son ciblage un signal qui va au-delà des dimensions militaires immédiates.
En d'autres termes, tout ciblage de sa personne ne peut être séparé de sa position au sein de la structure du pouvoir.
Par ailleurs, Larijani a une face interne plus solide. Son nom a été placé sur la liste des sanctions américaines en janvier dernier, en raison d'accusations de jouer un rôle clé dans la répression des manifestations qui ont eu lieu en Iran, décrites comme l'un des troubles les plus violents depuis la révolution islamique iranienne. Bien qu'il ait montré une compréhension des demandes économiques, il a souligné la nécessité de distinguer entre 'protestations' et 'émeutiers', un discours reflétant une approche sécuritaire claire de la gestion interne.
Dans le dossier nucléaire, il se présente comme une figure 'pratique'. Il ne nie pas la possibilité d'un règlement avec les États-Unis mais insiste simultanément sur ce que Téhéran considère comme son droit à l'enrichissement de l'uranium. Cette position résume les équilibres du régime : ouverture tactique dans des lignes rouges strictes.
Larijani a exprimé cette approche clairement lorsqu'il a dit que le programme nucléaire 'ne peut être détruit', indiquant que la connaissance, contrairement aux installations, ne peut être bombardée. Ce message résume sa vision : le conflit n'est pas seulement au sol mais sur la capacité.
Dans ce contexte, cibler une figure de si haut rang acquiert des implications plus profondes.
Cela pointe non seulement vers une escalade militaire mais vers la transition de la confrontation à des niveaux plus sensibles au sein de l'Iran, où les cerveaux qui gèrent les décisions s'entrecroisent, pas seulement les outils qui les mettent en œuvre.
Ici, la question devient plus large que Larijani lui-même:
Sommes-nous face à une attaque sur les 'périphéries'... ou approchons-nous du 'cœur'?