Le Liban et la Syrie se reconnectent : Les investisseurs voient un marché prometteur dans un contexte de changements politiques
Les relations libano-syriennes n'ont jamais nécessité une attention spéciale, un dialogue profond et une coordination sérieuse sur les questions politiques, économiques et sécuritaires plus qu'aujourd'hui, en raison de l'interconnexion des préoccupations et des dossiers ainsi que de l'accumulation de résidus politiques et sécuritaires du régime précédent.
Bien que le pas partiel vers le règlement du dossier des détenus syriens dans les prisons libanaises soit le premier signe d'une coopération sérieuse bénéfique aux deux parties et puisse ouvrir la voie à une pleine coopération, la priorité urgente reste de surmonter les obstacles de transit, de contrôler les frontières et le trafic, d'organiser le commerce et les échanges de travail, et de suivre l'élan du secteur privé libanais, qui est "désireux" d'entrer sur le marché syrien.
Des sources officielles ont confirmé à Annahar qu'une visite d'une délégation ministérielle libanaise à Damas avait été programmée récemment mais a été reportée jusqu'au règlement du dossier des détenus syriens, ce qui a poussé le Premier ministre à l'inscrire à l'ordre du jour du cabinet.
La récente décision concernant les détenus syriens a envoyé un signal clair du désir du Liban de lever l'un des plus grands obstacles qui est survenu après le changement de régime en Syrie et a fourni une opportunité de réactiver les canaux de coopération entre Beyrouth et Damas, tandis que plusieurs pays et entreprises mondiales se préparent à sécuriser un rôle précoce et une part dans le marché syrien prometteur.
La relation bilatérale entre les deux pays va au-delà des cadres traditionnels, car la Syrie occupe une position géopolitique pivot pour le Liban. C'est la seule issue terrestre vers le monde arabe et le passage obligatoire pour les exportations terrestres libanaises vers l'Irak, la Jordanie et les pays du Golfe.
Cette réalité géographique donne à la Syrie la capacité de contrôler le transport et le transit depuis le Liban, notamment de déterminer les coûts, les conditions de transport, les péages et d'organiser le passage des camions d'exportation. Ce sont des questions qui nécessitent une compréhension, un accord, et des cadres juridiques étendus pour éliminer la culture du contrôle et de l'arbitraire pratiquée par le régime syrien précédent et pour établir une coopération commune qui sert l'exportation des produits agricoles et industriels libanais.
En chiffres, le Liban importe des produits agricoles et industriels ainsi que des matières premières de Syrie, pour une moyenne annuelle d'environ 117 464 000 dollars au cours des dix dernières années. Inversement, le Liban exporte des produits alimentaires, bananes, et agrumes en fonction des besoins des deux marchés, avec une moyenne annuelle des exportations libanaises vers la Syrie au cours des dix dernières années atteignant environ 172 464 000 dollars.
Cependant, les chiffres ci-dessus ne reflètent pas les échanges commerciaux réels entre les deux pays. Les responsables des deux pays sont conscients que la contrebande par des passages et des canaux illégaux, bien que récemment réduite, constitue encore une part significative des importations et exportations vers et depuis les deux pays.
Le mouvement et le rôle du secteur privé
Parallèlement à la voie officielle, le secteur privé progresse à un rythme plus rapide. Mohamed Choucair, chef des associations économiques, a confirmé à An-Nahar que plus de 500 nouvelles sociétés libanaises étaient enregistrées en Syrie, indiquant un appétit d'investissement ouvert parmi les hommes d'affaires libanais à travers divers secteurs.
Cet élan ne vient pas de nulle part, car la Syrie est devenue une attraction régionale, avec plusieurs pays cherchant à occuper des positions précoces dans les projets de reconstruction. Alors que les investisseurs libanais s'empressent d'entrer en premier, ils se divisent en trois groupes : l'un voit l'opportunité comme unique, un autre groupe prudent attend des indicateurs politiques et économiques plus clairs, et un troisième est méfiant, considérant que l'incertitude est encore élevée.
Néanmoins, cela n'a pas empêché les visites exploratoires continues à Damas pour évaluer la stabilité de l'environnement d'investissement et le potentiel de développement à long terme.
Cela se produit parallèlement à une initiative syrienne pour mettre à jour la législation sur l'investissement, simplifier les procédures et élargir les incitations, renforçant l'impression que le pays se prépare à une nouvelle phase économique alignée avec le renouvellement de l'ouverture du monde arabe envers la Syrie.
Choucair estime que "la demande sur le marché syrien concerne la plupart des secteurs vitaux," notant que "la Syrie représente l'une des rares opportunités disponibles pour le secteur privé libanais, mais en bénéficier nécessite une coordination officielle plus étroite, des garanties légales claires, ainsi que des mesures diplomatiques et économiques qui protègent les investisseurs libanais et empêchent que les initiatives individuelles deviennent des étapes mal planifiées."
Cependant, la ruée du secteur privé libanais vers la Syrie reste liée à la stabilité politique et au développement des systèmes financiers et bancaires, selon Choucair, qui souligne que "les relations économiques entre les deux pays ne se sont pas complètement arrêtées au cours des dernières années. Les hommes d'affaires libanais opèrent en Syrie dans divers secteurs, et les hommes d'affaires syriens sont actifs au Liban dans plusieurs domaines, mais cela est resté en dessous du niveau attendu."
Il explique que "malgré des capacités limitées et l'incapacité à réaliser des projets de plusieurs milliards de dollars dans les secteurs tels que l'électricité, l'eau et les télécommunications, il peut y avoir un rôle clé dans la reprise économique de la Syrie, que ce soit par l'expertise, les entreprises, ou sa position en tant que hub commercial et financier. D'où l'importance de réorganiser la relation officielle entre les deux pays pour traduire ce rôle en gains économiques tangibles."