Au-delà de l'EI : militantisme et fragmentation de l'État dans la Syrie post-Assad

Région 14-01-2026 | 20:42

Au-delà de l'EI : militantisme et fragmentation de l'État dans la Syrie post-Assad

Le vide sécuritaire en Syrie post-Assad, marqué par des forces fragmentées, un contrôle inadéquat et des tensions non résolues avec les SDF, a permis à l'EI et à d'autres groupes djihadistes émergents de se regrouper, transformant les premiers avertissements en une crise opérationnelle de contre-terrorisme pour le nouveau gouvernement et ses partenaires internationaux.
Au-delà de l'EI : militantisme et fragmentation de l'État dans la Syrie post-Assad
Les combattants de Al Qaida linked l'etat islamique d'Iraq et du Levant (ISIL) marchant à Raqqua en Syrie (AP)
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La résurgence de l'EI ou l'émergence de nouveaux groupes radicaux n'étaient jamais des possibilités éloignées après la chute du gouvernement Assad ; elles étaient une conséquence prévisible du paysage sécuritaire fracturé de la Syrie. Les récentes frappes conjointes américano-jordaniennes, suivies des attaques britanniques et françaises sur des cibles de l'EI marquent un changement des signes d'alerte précoce à une réalité opérationnelle, alors que les acteurs militants réapparaissent sous des formes de plus en plus sophistiquées. Cette dynamique constitue désormais l'un des défis les plus significatifs pour le nouveau gouvernement syrien, qui a rejoint la coalition internationale pour lutter contre le terrorisme.

 

L'EI n'est pas le seul acteur exploitant le vide post-Assad en Syrie. D'autres groupes radicaux, y compris des cellules salafistes-djihadistes émergentes comme Saraya Ansar al-Sunna, ont tiré parti de l'effondrement de la gouvernance et des tensions sectaires pour mener des attaques ciblées, renforçant un paysage militant fragmenté plutôt qu'une menace unique du groupe. Bien que le califat autoproclamé de l’État islamique se soit effondré en 2019 suite à sa défaite à Baghouz près de la frontière irakienne, le groupe a été vaincu, mais non démantelé. Le contrôle des anciens territoires de l'EI s'est fragmenté entre l'armée irakienne et les Forces de mobilisation populaire en Irak, et les Forces démocratiques syriennes (SDF) dirigées par les Kurdes, soutenues par la Coalition mondiale dirigée par les États-Unis, dans le nord-est de la Syrie. Dépouillé de son territoire mais non de son potentiel, l'EI s'est transformé en une insurrection secrète, opérant à travers des cellules dormantes résilientes concentrées dans le désert syrien. Palmyre se trouve au cœur de la Badiya, une vaste étendue peu gouvernée qui a longtemps servi d'épicentre de l'activité de l'État islamique.

 

La chute du régime Assad a entraîné simultanément l'effondrement de l'appareil sécuritaire de la Syrie. Comme dans d'autres contextes post-conflit, l'absence d'une autorité unifiée et l'incapacité de l'État à contrôler les armes ont créé des conditions permissives pour l'action des groupes armés non étatiques. Des groupes druzes et des réseaux restants de l'ancien régime continuent d'opérer avec des degrés d'autonomie variés dans différentes parties du pays. Malgré les mesures prises par le gouvernement intérimaire pour remettre les institutions essentielles sur pied, principalement le ministère de la Défense (MoD), des défis clés restent non résolus. L'intégration des forces armées qui étaient des acteurs préexistants en Syrie, en particulier les Forces démocratiques syriennes (SDF), qui ont été un allié clé de Washington dans la lutte contre l'État islamique. Alors que le premier anniversaire approche, l'accord du 10 mars 2025 visait à combler le fossé entre les SDF et Damas par l'intégration et un cessez-le-feu. Les discussions de janvier n'ont produit aucun progrès, et les affrontements renouvelés ont exposé la fragilité de l'accord et la persistance de différends sécuritaires et de gouvernance non résolus.

 

Ce processus a à son tour mis en lumière un problème systémique : la faiblesse des mécanismes de vérification, levant des inquiétudes quant à l'intégration de combattants insuffisamment vérifiés dans la structure sécuritaire émergente. Al-Sharaa a nommé des commandants militaires et intégré diverses factions anti-Assad dans un appareil sécuritaire et militaire reconstitué. La supervision de cette structure repose désormais sur deux ministères essentiels. Le ministère de la Défense commande les Forces armées syriennes, tandis que le ministère de l'Intérieur gère les corps de sécurité intérieure, y compris les forces de sécurité générale. Le recrutement a également été ouvert à l'ensemble de la population, entraînant une prise de personnel rapide avec des dizaines de milliers de nouvelles recrues. Cette approche a coïncidé avec des risques sérieux, notamment la rapidité du recrutement en raison du besoin de remplir rapidement les rangs, ce qui s'est fait au détriment d'une vérification appropriée. De nombreuses recrues étaient de jeunes hommes, attirés par ces postes car ils représentaient l'une des rares opportunités économiques restantes après des années de sanctions, de conflits prolongés, et la prédation étatique avait considérablement affaibli l'économie syrienne.

 

Les combattants étrangers qui ont combattu contre le gouvernement Assad représentent un autre défi pressant pour le paysage sécuritaire évolutif de la Syrie. Au niveau international, les États-Unis ont adopté une position ferme contre l'autorisation des combattants étrangers à occuper des postes militaires ou sécuritaires clés. Au niveau national, leur intégration a rencontré une résistance au sein de la société syrienne, poussée par des préoccupations sur la fidélité à long terme et les agendas personnels concurrents, et par le potentiel d'érosion de la sécurité nationale. Plus critique encore, la présence de combattants étrangers au sein des institutions de l'État accroît le risque d'une résurgence de l'EI. Avec des perspectives limitées de rapatriement et une inquiétude croissante sur l'engagement croissant de la Syrie avec les acteurs occidentaux, certains combattants font face à un choix difficile : accepter une transition politique qu'ils opposent fondamentalement ou se tourner vers des groupes extrémistes tels que l'EI, renforçant ainsi sa base de recrutement et sa capacité opérationnelle.

 

La stabilité de la Syrie dépend de sa capacité à unifier les forces armées fragmentées en un appareil sécuritaire crédible fondé sur un contrôle rigoureux et une coopération avec des partenaires fiables. Bien que les autorités intérimaires aient signalé un engagement contre le terrorisme, les récentes frappes américaines et jordaniennes exposent la faiblesse du paysage sécuritaire actuel en Syrie et l'espace qu'il laisse pour une résurgence extrémiste. Prévenir le retour de l'EI nécessitera une coordination plus approfondie du renseignement et des militaires avec la Coalition mondiale, parallèlement à un processus discipliné d'intégration militaire. Tant que les dynamiques non résolues avec les SDF ne seront pas abordées, malgré leur rôle central dans la lutte contre l'EI, l'environnement sécuritaire fragmenté de la Syrie continuera d'inviter à la fois des menaces anciennes et émergentes.

 

Avertissement : les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar

العلامات الدالة
Syrie ، EI ، Assad ، SDF

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