La division est-ouest de la Libye à la Conférence de sécurité de Munich
La participation de la Libye à la Conférence de Sécurité de Munich a mis en lumière l'intérêt croissant de l'Occident pour ses affaires, dans un contexte de tensions régionales croissantes. L'invitation de Saddam Haftar, commandant adjoint de l'Armée Nationale Libyenne, comme seul représentant d'une Libye aux prises avec des divisions institutionnelles, reflète un niveau accru de confiance internationale en lui. Notablement absent, un représentant du gouvernement internationalement reconnu de l'ouest de la Libye, indiquant une préférence de la communauté internationale, et des États-Unis, pour la force militaire qui contrôle la majeure partie du territoire libyen.
La participation de Saddam Haftar à la conférence internationale intervient environ deux mois avant le premier exercice conjoint entre les forces des deux côtés de la Libye, dans le cadre des manœuvres "Flintlock 26" organisées par les États-Unis dans la ville côtière de Syrte (Libye centrale). En marge du forum, Haftar a tenu une série de réunions de sécurité, y compris avec Dagvin Anderson, commandant du Commandement africain des États-Unis (AFRICOM), en partie assistée par le conseiller présidentiel américain Massad Boulos. Boulos a exprimé sa satisfaction de la réunion, la qualifiant de "fructueuse" et déclarant : "Nous avons discuté de l'importance de l'exercice Flintlock à venir et des étapes concrètes pour renforcer l'intégration militaire entre l'est et l'ouest."

Implications politiques et sécuritaires
Le Dr Youssef Al-Farsi, professeur de sciences politiques, a déclaré à Annahar que la participation de la Libye, après des années de division et de régression diplomatique, à l'une des plateformes internationales importantes pour discuter de la sécurité et de la politique étrangère est "une tentative de réintégrer la Libye dans le système international, d'ouvrir des canaux directs avec des acteurs influents, et d'envoyer un message que la question libyenne reste présente sur l'agenda international."
Al-Farsi déclare que la participation de Haftar comporte plusieurs implications, notamment "l'amélioration de l'image de l'est de la Libye en tant qu'acteur de sécurité organisé avec reconnaissance internationale, et en tant que représentant militaire et sécuritaire fort à la communauté internationale. Cependant, cela reflète également la division institutionnelle persistante entre l'est et l'ouest." Il souligne que l'absence d'un représentant du camp occidental "indique une crise de légitimité et la difficulté d'unifier le discours libyen dans les forums internationaux," ajoutant que certaines puissances internationales "traitent de manière pragmatique avec les parties dominantes sur le terrain, indépendamment des reconnaissances officielles."
Al-Farsi souligne que les réunions de Munich se concentraient sur des questions stratégiques telles que la lutte contre le terrorisme—en particulier les activités de l'ISIS dans le sud de la Libye—la sécurité aux frontières, l'impact de la migration irrégulière sur l'Europe, et la sécurisation des installations pétrolières, car le pétrole est un élément clé pour la stabilité de la Libye et le marché de l'énergie. Il note que la restructuration et l'unification de l'institution militaire ont également été discutées, mais le succès des efforts internationaux dépend de "pressions internationales sérieuses pour unifier l'institution militaire face aux menaces communes, et d'atteindre un consensus politique entre les deux autorités exécutives."
La réalité militaire et politique
L'analyste politique libyen Omar Abu Asseida déclare que la participation de Haftar "établit une nouvelle réalité, car le leadership de l'Armée Nationale est devenu le représentant militaire légitime et le plus discipliné de l'État à l'international, tandis que l'absence de représentants occidentaux révèle la faiblesse et la fragmentation de son système militaire au milieu de factions rivales... Le message est clair : ceux qui contrôlent le territoire, l'organisation et les décisions s'asseyent à la table des partenariats internationaux."
Abu Asseida note que les réunions se sont concentrées sur des questions de sécurité régionales, notamment la lutte contre le terrorisme transfrontalier, le mouvement des terroristes entre le sud de la Libye et le Sahel africain, la sécurisation de la Mer Méditerranée, et la lutte contre la migration illégale. De plus, les discussions ont porté sur le développement des capacités de l'Armée Nationale, l'échange de renseignements, et l'amélioration de l'efficacité des unités régulières comme alternative aux milices, en plus d'unifier l'institution militaire comme condition fondamentale pour la stabilité politique.
Défis de l'intégration militaire
Cependant, Abu Asseida prévient des difficultés pour réaliser l'intégration militaire entre l'est et l'ouest, "car l'Armée Nationale repose sur une institution, un leadership, et une doctrine militaire, tandis que les forces occidentales représentent des formations fragmentées avec des loyautés conflictuelles." Il souligne que résoudre ce problème dépend de "la dissolution des milices plutôt que de les intégrer superficiellement, soumettre tout le monde à un commandement général unifié, criminaliser les armes incontrôlées, et couper les financements externes, ce qui nécessite une décision politique courageuse de l'ouest avant l'est."