Le nouveau plan économique de l’État n’est pas le plus approprié, compte tenu de la situation financière des Libanais, aggravée par les conséquences de la guerre
Un plan attendu mais avec un gout d’inachevé
Le gouvernement avait pour but d’envoyer un signal : montrer qu’une sortie de crise reste possible. Mais dès les premières lectures le doute s’est installé.
Expert financier et économique de renommée et président honoraire de l’Association des diplômés de Harvard au Liban, Dr. Habib Zoghbi, estime que le texte a été préparé dans la précipitation. Selon lui, l’absence d’une coordination claire avec le Fonds monétaire international risque de retarder toute avancée concrète. La réunion avec le fonds monétaire du 13 au 17 avril ne donnera toujours pas de résultats concrets, dans l’absence d’un accord même entre les libanais eux-mêmes.
Il pointe un problème central dans le « Gap Law », celui des garanties.
Sur le papier, les petits déposants pourraient récupérer une partie de leurs fonds rapidement. Mais pour les autres, les délais s’étirent sur dix, parfois vingt ans.
Pour lui, le risque est clair : promettre sans assurer, c’est prolonger la crise de confiance.
Objectif affiché : entamer une sortie de crise, restructurer le secteur bancaire et répondre à la question ardente des dépôts bloqués depuis 2019 et renouer avec la croissance, sur base de regain de la confiance. Mais sur le terrain, les doutes dominent.
La question des pertes : un flou
Un autre point sensible : qui paie réellement la facture ? Le plan reste, selon Dr. Habib Zoghbi à cause d’un vague sur la répartition des responsabilités et donc des pertes entre l’État, la banque du Liban et les banques commerciales
Ce manque de clarté entretien la méfiance, dans un pays où la confiance a déjà été profondément ébranlée.
Au cœur du plan, la question des dépôts reste la plus sensible. Si les petits déposants pourraient être particulièrement indemnisés à court terme, les autres se voient proposer des solutions étalées sur de longues années. Le seul nouveau développement positif qui doit être pris en compte est l’augmentation de la valeur de l’or de la BDL qui a atteint les 43 milliards de dollars. Quel est le moyen de l’utiliser intelligemment sans qu’une partie ne soit volée ou utilisée pour des fins autres que couvrir les obligations de la BDL.
Des taxes qui inquiètent
Face au manque de ressources, le gouvernement semble vouloir se tourner vers la fiscalité, TVA, carburants etc. des mesures qui peuvent sembler techniques mais qui risquent de toucher directement le quotidien des libanais, et pas positivement, car au Liban chaque hausse se répercute partout : transport, alimentation, services
Même indirectement, l’impact est inévitable : hausse des prix, ralentissement économique et pression accrue sur les ménages.
Une économie rattrapée par la guerre
Au-delà de ce qu’il propose, c’est aussi ce qu’il laisse de côté qui interpelle. Dr. Habib Zoghbi insiste sur plusieurs dossiers absents qui doivent faire partie de la « Gap Law » et dont l’application avant la proposition finale pour donner confiance que ce qui est promis sera un jour exécuté.
- Les fonds transférés à l’étranger
- Les biens publics maritimes
- Les pertes dans les douanes
- Le secteur de l’électricité
- Revenus des carrières de pierre et sable
- Fermeture de plus de 60 institutions étatiques qui sont une source
de dépenses inutiles
- Restituer les milliards de dollars mal acquis
Autant de leviers qui auraient pu, alléger la charge sur les citoyens
Une crise de confiance avant tout
Depuis 2019, la crise a profondément transformé le rapport des libanais à leurs institutions.
Aujourd’hui la question n’est plus seulement économique, elle est simple, presque brutale : peut-on encore faire confiance ? Comment assurer un minimum de reconstruction après cette guerre sans un fardeau fiscale supplémentaire pour les citoyens.
Pour Dr. Habib Zoghbi, sans décisions claires, sans garanties concrètes et sans vision globale, la réponse reste incertaine, et la réponse dépend désormais des actes et non plus des discours.
« On ne peut plus attendre »
Le ton est direct. L’économiste met en garde contre une politique qui repousse les solutions. Il appelle à des mesures fortes, allant jusqu’à proposer plusieurs solutions possibles dont l’utilisation d’actifs publics mal gérés et non productifs ainsi qu’adopter la gestion de certains biens par le secteur prie (PPP) pour garantir les dépôts.
Car sans cela, le risques est réel : une économie à l’arrêt, des investisseurs absents et une fuite continue des compétences des jeunes
Un tournant décisif
Le plan économique marque une étape, mais ne suffit pas à rassurer. Entre crise financière et pression de la guerre, le Liban se trouve à un moment critique.
Plus que jamais, la sortie de crise dépendra de décisions concrètes et bien pensées. Et surtout, de la capacité de l’État à faire face à une réalité devenue plus complexe et plus urgente que jamais.
La question principale que pose aujourd’hui Dr. Habib Zoghbi est de savoir combien de temps le Liban pourra encore tenir sous la double pression économique et sécuritaire. Les solutions aux problèmes économiques seraient bien plus faciles à envisager si la question des armes du Hezbollah était résolue, a-t-il conclu.