Transmission d'une mémoire : Alic crée le premier livre illustré pour enfants sur le génocide arménien
L'étincelle : Une curiosité enfantine
Le projet est né au sein du foyer familial. Ses deux fils, scolarisés dans le système libanais, ne recevaient pas d'enseignement sur leurs racines à l'école. Leurs interrogations, pourquoi vivent-ils au Liban, pourquoi leurs noms finissent-ils par « -ian », ou pourquoi ont-ils de la famille sur tous les continents, ont poussé Alic à chercher un support pédagogique.
« J'ai étudié dans une école arménienne où on nous montrait de vraies images du génocide, ce qui m'a traumatisée. [...] Je ne voulais pas transmettre cette histoire à mes enfants de la même manière. »
Constatant qu'aucun livre illustré n'existait dans le monde entier sur ce sujet, elle a décidé de le créer elle-même pour offrir une approche plus douce et compréhensible.
Une symbolique forte entre deuil et espoir
Le titre et les visuels du livre ne sont pas laissés au hasard. Chaque élément porte une charge historique profonde :
“Le Mont Ararat” : Présent sur la couverture, il demeure un repère identitaire majeur pour les Arméniens, bien qu'il se situe aujourd'hui en Turquie.
“Les Martyrs” : La couverture rend hommage aux 1,5 million de victimes à travers une représentation de leurs tombes.
Le choix des prénoms des personnages renforce également cette volonté de préserver la culture. On y retrouve notamment Masis (le sommet de l'Ararat), “Siroun” (joli), (le célèbre lac arménien), et “ Vreij” (vengeance).
“Éduquer pour ne pas oublier”
Pour Alic, l'utilisation d'images et de cartes est essentielle pour permettre aux enfants de mieux suivre ce récit complexe qui s'étend sur 111 ans. Bien que l'histoire soit triste, le dénouement se veut positif.
Un message de survie : Le livre montre que les Arméniens ont survécu, ont évolué et sont présents partout dans le monde en tant qu'artistes ou scientifiques.
“Un combat pour les droits : L'auteure souligne l'importance de se souvenir pour continuer à réclamer les terres et propriétés spoliées.
Un rayonnement international
Initialement publié en anglais, français et arménien pour toucher la diaspora mondiale, le livre a reçu un accueil chaleureux et a déjà été adopté par de nombreuses écoles arméniennes. Des traductions en arabe et en russe sont également prévues.
Alic ne compte pas s'arrêter là. En collaboration avec le Docteur Antoine Habchi, elle prévoit déjà un deuxième tome basé sur des faits réels, ainsi que l'organisation de compétitions scolaires pour ancrer durablemement cette mémoire dans les foyers.