L'armée libanaise cherche le soutien des partenaires internationaux

Liban 27-02-2026 | 16:31

L'armée libanaise cherche le soutien des partenaires internationaux

Les donateurs internationaux voient l'armée libanaise comme le fondement d'un État fonctionnel. Le 5 mars, plus de 50 pays et organisations se réuniront à Paris pour discuter d'un soutien accru.
L'armée libanaise cherche le soutien des partenaires internationaux
L'armée libanaise
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La conférence de soutien à l'armée libanaise, organisée par Paris le 5 mars, représente bien plus que ses dimensions techniques et financières, et revêt une signification politique profonde pour l'avenir de l'État libanais. La réunion réunira plus de cinquante pays et organisations, s'appuyant sur une reconnaissance internationale selon laquelle l'institution militaire reste l'épine dorsale de l'État libanais au milieu de l'effondrement financier, de la paralysie institutionnelle et des défis sécuritaires croissants.

 

Dans ce contexte, les demandes de l'armée ne se limitent pas à des armements avancés, à un nouveau recrutement ou à des augmentations salariales isolées mais s'inscrivent dans un ensemble global visant à stabiliser l'institution et à prévenir sa déstabilisation.

 

La direction militaire concentre son approche sur trois niveaux interconnectés : d'abord, assurer la continuité opérationnelle ; ensuite, améliorer les capacités logistiques et techniques ; enfin, stabiliser les conditions de vie des soldats. Depuis l'éruption de la crise financière en 2019, la valeur réelle des salaires des officiers et des soldats a diminué en raison de l'effondrement de la livre, entraînant une érosion sans précédent du pouvoir d'achat. Le salaire d'un soldat avant la crise se situait entre 800 et 1200 dollars selon le grade, mais a effectivement chuté à moins de 100 dollars au pic de l'effondrement, avant que le gouvernement n'adopte des augmentations temporaires, des allocations, des subventions de transport et des aides sociales pour améliorer les revenus.

 

Aujourd'hui, le revenu réel d'un soldat se situe entre environ 250 et 400 dollars selon le grade et les allocations, ce qui est en dessous du niveau jugé adéquat compte tenu de la hausse des prix et du coût de la vie, faisant des salaires un point central dans tout soutien financier à venir.

 

Cependant, la question des salaires n'est pas sans lien avec les opérations. L'armée a besoin d'un financement durable pour couvrir le carburant, l'entretien des véhicules, l'achat de pièces de rechange, l'approvisionnement alimentaire, les soins médicaux et les munitions essentielles. La rareté des ressources ces dernières années a conduit à une dépendance accrue vis-à-vis des donations en nature des pays donateurs pour fournir carburant, nourriture et assistance médicale. Ainsi, la conférence vise à établir un mécanisme de soutien financier direct ou indirect pour sécuriser un niveau minimal de stabilité financière pour l'institution, car tout bouleversement interne aurait de graves répercussions sur la sécurité.

 

Quant à l'armement, l'approche internationale ne se focalise pas sur l'équipement de l'armée avec des armements supplémentaires mais plutôt sur le renforcement de ses capacités défensives et techniques, notamment dans la surveillance des frontières, la communication, la reconnaissance et le transport. Les donateurs reconnaissent la sensibilité des équilibres internes, d'où la mise l'accent sur un équipement moderne, une formation spécialisée et une augmentation de la préparation, permettant à l'armée de mener ses missions de maintien de la sécurité intérieure, de contrôle des frontières terrestres et maritimes, et d'accompagnement d'éventuelles déploiements supplémentaires au sud ou sur des lignes de front sensibles. Dans ce contexte, le soutien américain et européen en cours revêt une importance significative, que ce soit à travers des programmes de formation ou la fourniture de véhicules et d'équipements spécialisés à l'institution.

 

Le recrutement n'est pas une priorité à l'ordre du jour, même si l'armée a besoin d'augmenter ses effectifs. Cependant, la priorité actuelle reste la stabilisation du personnel existant et la prévention d'une nouvelle baisse humaine avant de lancer tout plan d'expansion significatif. La capacité d'absorber de nouvelles recrues est intrinsèquement liée à la capacité de l'État à les financer et à assurer la continuité de leurs salaires et équipements.

 

Politiquement, la conférence envoie un message clair au-delà du soutien financier direct, offrant un soutien international pour renforcer la position de l'armée en tant qu'institution unificatrice légitime face à la réalité des armes non autorisées. La communauté internationale lie son soutien au renforcement du rôle de l'État et à l'habilitation de l'armée à entreprendre des missions plus larges dans le cadre d'un plan visant à limiter les armes au contrôle de l'État. En ce sens, le soutien international devient un investissement dans la stabilité du Liban, et pas seulement une assistance technique.

 

En somme, la conférence de Paris se concentre davantage sur la stabilisation financière et logistique de l'institution militaire que sur des accords d'armement qualitatifs ou des campagnes de recrutement extensives. Le pari international est d'éviter l'effondrement des derniers piliers de l'État, tandis que le pari interne est que la stabilisation de l'armée renforcera la stabilité et ouvrira une fenêtre pour un certain répit économique et politique. Au milieu des besoins salariaux, des pressions opérationnelles et des messages de souveraineté, l'armée libanaise se trouve aujourd'hui au cœur d'une équation délicate intitulée rester cohérente dans un pays qui teste ses limites.