Olivier Cadic, sénateur des Français de l’étranger, en dialogue avec Annahar sur le Liban
Depuis juin 2023, il revient à Beyrouth tous les dix mois, signe de son attachement à la région et de son souci de suivre de près les évolutions politiques et sociales. Son rôle de sénateur, rappelle-t-il, consiste aussi à vérifier que le gouvernement français met réellement en œuvre les politiques qu’il annonce.
La France et la souveraineté du Liban
Dès le début de l’entretien, Olivier Cadic insiste sur l’engagement de la France aux côtés du Liban en citant des exemples concrets : « Grâce à l’Agence française de développement (AFD), 1,5 million de personnes ont désormais accès à l’eau potable. Dans le domaine de la santé, la France soutient le Plan Cancer, destiné notamment à lutter contre l’addiction au tabac qui touche près de 70 % des Libanais. Le sénateur salue également l’action du ministre de la Santé, Adel Nassar, qui a relevé de 7 à 14 ans l’âge minimum des mineurs impliqués dans les affaires judiciaires, rappelle l’importance de travailler sur l’abolition de la peine de mort comme signe de progrès et soutient le juge Bitar dans la poursuite de son enquête sur l’explosion du port.
Les défis sécuritaires et le Hezbollah : Il n’y a pas de séparation entre la branche militaire et politique du Hezbollah
Olivier Cadic n’élude pas les questions sensibles. Il souligne que des changements positifs se produisent au Liban depuis l’avènement du président Joseph Aoun, mais que le processus de désarmement reste lent. Douze soldats de l’armée libanaise ont perdu la vie, et selon lui, la responsabilité incombe au Hezbollah, qui refuse de renoncer à ses armes et demeure instrumentalisé par l’Iran. Le sénateur ne distingue pas entre la branche militaire et la branche politique du Hezbollah : pour lui, c’est un seul et même acteur qui doit choisir entre la participation démocratique et la logique armée. « Les chiites méritent mieux que d’être instrumentalisés par un parti », ajoute-t-il.
Justice et mémoire des victimes
La journaliste rappelle que de nombreux Libanais n’ont pas perçu Emmanuel Macron comme étant aux côtés des victimes de l’explosion du port de Beyrouth, notamment lorsqu’il a signé des accords avec des représentants du Hezbollah et du parti Amal pour l’exploitation du pétrole des eaux territoriales libanaises par Total. Ces deux partis font pression sur la justice libanaise pour empêcher l’enquête de suivre son cours. Olivier Cadic répond avec gravité : « Le juge Bitar doit pouvoir travailler en toute liberté. J’ai un lien avec ces victimes et je ressens leur douleur. Justice doit être faite. » Il rappelle que la justice française coopère pleinement avec la justice libanaise, citant l’exemple de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, dont l’enquête a duré 17 ans. Pour lui, la patience et la persévérance sont essentielles afin que la vérité éclate.
Soutien à l’armée et perspectives régionales
La Conférence de Paris ne sera pas reportée, elle est essentielle pour soutenir l’armée libanaise
Le sénateur insiste sur l’importance de la conférence prévue en mars à Paris, destinée à mobiliser des fonds pour l’armée libanaise. « Cela ne sera pas reporté », assure-t-il, convaincu que la souveraineté du Liban passe par une armée forte et indépendante. Il observe que le Hezbollah a perdu de son influence depuis l’explosion du port, événement qui a révélé les fragilités du pays mais aussi sa capacité à se relever.
La Syrie se remet de ses peines, beaucoup est attendu pour que les réfugiés puissent rentrer chez eux
Concernant la Syrie, Olivier Cadic exprime son inquiétude pour les minorités. Il estime que le gouvernement syrien sait qu’il est observé et tente de contenir les dérives du passé. La France, dit-il, soutient parfois la politique américaine en Syrie, mais seule une stratégie de long terme peut stabiliser la région.
La France et les nouveaux acteurs du Golfe
Enfin, Olivier Cadic évoque la place de la France dans le monde arabe. Dans un monde arabe en constante évolution, dans lesquelles de nouvelles puissances régionales se distinguent, le sénateur reconnaît que l’époque où Paris détenait un quasi-monopole sur certains marchés, est révolue. Aujourd’hui, les promoteurs saoudiens, émiratis et qataris jouent un rôle central. Mais il voit dans cette évolution une opportunité : ces entreprises du Golfe peuvent sous-traiter ou s’associer avec des sociétés françaises, ouvrant la voie à des partenariats équilibrés.
Le Conseil de la Paix ne va pas remplacer le conseil de sécurité de l’ONU
Il rappelle aussi que l’ONU reste une institution soutenue par la France et les États-Unis, malgré les débats au sein du Conseil de la paix.
À travers cette interview, Olivier Cadic réaffirme son rôle de sénateur : contrôler l’action de son gouvernement, défendre les intérêts des Français de l’étranger et porter un regard lucide sur les défis du Liban. Entre justice, souveraineté et coopération internationale, il insiste sur la nécessité de donner de la visibilité aux efforts français et de soutenir un Liban en quête de stabilité. Son message est clair : le Liban n’est pas seul, et la France entend rester à ses côtés.