Irak 2026 : Naviguer entre l'impasse politique, les tensions économiques et les défis sécuritaires
L'Irak entre en 2026 dans un contexte complexe où les changements politiques s'entrecroisent avec les pressions économiques et les défis sécuritaires persistants, accompagnés d'une confusion évidente parmi les forces politiques des blocs chiite, sunnite et kurde. Les arrangements ayant façonné la phase précédente ne se maintiennent plus facilement, une réalité reflétée par les premières disputes sur les droits au sein de la nouvelle session parlementaire - notamment quant aux positions de président et de vice-présidents - au milieu d'une intense compétition au sein des principales alliances politiques.
Sur le plan politique, l'échec d'une réunion tenue chez Ammar al-Hakim (ancien président du Conseil suprême islamique d'Irak) pour s'accorder sur un candidat pour le poste de premier vice-président du Parlement, depuis le cadre de coordination, souligne la profondeur des divisions au sein du bloc et les visions concurrentes sur la répartition de l'influence pour la prochaine phase.
Par ailleurs, le paysage politique sunnite n'apparaît pas moins complexe, avec une rivalité persistante entre Mohammed al-Halbousi et Muthanna al-Samarrai pour la présidence, malgré les efforts du Conseil politique national pour régler la question avant la première session parlementaire. Ensemble, ces différends soulignent la fragilité de la cohésion politique et suggèrent que la lutte porte moins sur les positions individuelles que sur la définition de l'équilibre des pouvoirs pour les quatre prochaines années.

Aed al-Hilali, un analyste politique proche du Premier ministre, a déclaré à Annahar que 2026 serait probablement une année charnière pour la scène politique irakienne, décrivant le scénario le plus probable comme celui d'une « stabilité conditionnelle. » Il a expliqué qu'en l'absence de fondations institutionnelles solides, la situation reste vulnérable aux perturbations tant internes que régionales.
Al-Hilali a ajouté que même si les chances du Premier ministre Mohammed Shia' al-Sudani de décrocher un second mandat « sont possibles, elles ne sont pas garanties, » car elles dépendent de l'équilibre des pouvoirs au sein du cadre de coordination. Pendant ce temps, le retour de Nouri al-Maliki (ancien PM), bien que théoriquement possible, se heurte à des obstacles internes et externes significatifs. Al-Hilali souligne qu'un gouvernement de consensus reste l'issue la plus probable, étant donné l'immaturité du projet de majorité politique. Il anticipe de vastes remaniements ministériels en 2026 plutôt qu'un changement complet du gouvernement, l'Irak continuant à gérer un équilibre délicat au milieu des tensions américano-iraniennes.
Selon lui, l'année à venir sera décisive, déterminant si le pays consolide la stabilité ou replonge dans une impasse politique.
En matière de sécurité, Najm Al-Qassab, directeur du Centre d'études Al-Mawar, croit que 2026 pourrait représenter un point tournant, notamment en ce qui concerne le leadership des principales institutions d'État iraquiennes. Il suggère qu'il pourrait y avoir une volonté politique interne de changement, potentiellement renforcée par des pressions extérieures ou un intérêt des États-Unis à remodeler le paysage politique.
Al-Qassab souligne que le contrôle des armes sous l'autorité de l'État sera une priorité absolue pour tout gouvernement à venir, notant que les réactions de certaines factions indiquent un changement dans la dynamique actuelle. Il insiste sur le fait que la prolifération des armes en dehors de la supervision de l'État a entravé les investissements et que des améliorations significatives en matière de sécurité profiteraient directement à l'économie et à l'environnement des affaires.
Sur le plan régional, Al-Qassab anticipe que l'Irak pourrait émerger comme une zone de relative tranquillité, soutenue par un intérêt croissant des États-Unis et un retrait partiel des autres acteurs régionaux. Cette trajectoire est renforcée par l'annonce du Premier ministre sortant al-Sudani d'initiatives visant à accueillir des négociations entre Washington et Téhéran à Bagdad, positionnant l'Irak comme médiateur et contribuant à réduire le risque d'escalade régionale.
D'un point de vue économique, l'Irak est confronté à des défis tout aussi critiques. L'expert financier et bancaire Mustafa Hantoush prédit que la phase à venir nécessitera un changement de pensée et de mise en œuvre économiques, passant d'une dépendance quasi-totale au pétrole à la correction des inefficacités fiscales, des actifs publics et des services publics. Il avertit que maintenir le modèle actuel risque d'appauvrir une encore plus grande partie de la société, en soulignant l'urgence d'ouvrir l'économie et de lutter contre la corruption. Hantoush met en avant le renforcement du système bancaire et le retour des transferts de fonds internationaux comme des points d'entrée potentiels pour des réformes plus larges et la restauration de la confiance publique.
De son côté, l'expert économique Ahmed Adnan insiste sur le fait que le budget 2026 de l'Irak servira de véritable test de la capacité de l'État à gérer le déficit et à diversifier les sources de revenus. Ce défi survient alors que les coûts salariaux, les subventions, les obligations énergétiques augmentent et que l'Irak continue de dépendre du pétrole, y compris ses engagements vis-à-vis de l'OPEP+. Il avertit que toute variation des prix du pétrole ou pression financière externe pourrait forcer le gouvernement à prendre des décisions difficiles qui pourraient impacter les dépenses sociales.