Marcel Khalifeh ouvre le Bustan Festival à Beit Mery

Culture 25-02-2026 | 01:30

Marcel Khalifeh ouvre le Bustan Festival à Beit Mery

Beit Mery, 24 février 2026 Dans l’auditorium Emile Bustani, le silence s’est fait solennel dès les premières notes de Khiam que l’artiste dedie aux habitants du Sud du Liban. Cette fois, Marcel Khalifeh l’a interprétée sans paroles, laissant l’oud seul porter la mémoire et la douleur des prisonniers du camp du Sud-Liban. La musique, dépouillée de mots, devenait une incantation pure, une plainte universelle qui a saisi le public.
Marcel Khalifeh ouvre le Bustan Festival à Beit Mery
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Sous le titre « Two Families, One Voice », le concert a réuni Marcel Khalifeh, son fils Rami (piano) et son neveu Sary (violoncelle), aux côtés de Charbel Rouhana son cousin (oud) et Nadim Rouhana son fils a l’accordéon. Cette rencontre intergénérationnelle et fraternelle a offert une polyphonie rare, où les instruments dialoguaient comme des voix complémentaires, tissant un récit de transmission et d’unité.

 

Marcel Khalifeh a joué l’oud avec une virtuosité et une sensibilité remarquable. Sa tête, oscillant au rythme des notes, traduisait une immersion totale dans la musique. Chaque geste sur les cordes alliait maîtrise technique et profondeur émotionnelle, donnant à l’instrument une voix humaine, vibrante et universelle.

 

Dans un moment de communion, il a invité l’auditoire à chanter avec lui la deuxième chanson, Yatir el Hamam Yahot el Hamam. La salle entière s’est transformée en chœur, les voix du public se mêlant aux cordes de l’oud, créant une atmosphère de partage et d’unité rare.

 

Puis, pour la troisième pièce, son neveu Sary Khalifeh, tout juste revenu de France, a pris place au violoncelle. Sa musique, dramatique et profondément orientale, résonnait sur un instrument plutôt occidental, donnant au violoncelle une voix nouvelle, chargée de mémoire et de nostalgie.

 

Son fils, Rami Khalifeh, installé à Sydney, a ensuite surpris le public en ouvrant la queue du piano pour jouer directement sur les cordes. Il racontait l’émigration libanaise et la peine de l’éloignement. Ce geste audacieux a produit un son rugueux et puissant, évoquant le fracas d’un bateau en naufrage.

Puis, dans son Requiem dédié à l’explosion du port de Beyrouth, Rami a chanté en émettant des sons sans mots, comme une voix qui cherchait à dire quelque chose sans y parvenir.

Cette expression vocale, à la frontière du langage et du cri, traduisait l’indicible douleur de la tragédie et a bouleversé l’auditoire par sa sincérité et son intensité dramatique.

 

La soirée s’est poursuivie avec la célèbre chanson de Rita, puis une musique de tango vibrant composée pour Abdel Halim Caracalla. Le jeu de Nadim à l’accordéon, mêlé aux cordes de l’oud de Charbel, a donné à cette danse une profondeur dramatique et festive, concluant la soirée sur une note de célébration.

Marcel Khalifeh, comme tous les Libanais se réjouit toujours du retour des membres de sa famille au bercail ; « Depuis le début, tous les enfants pratiquaient un instrument de musique, partout à la maison, dans la salle de séjour, à la cuisine… on entendait des rythmes, chacun des petits s’adonnait à quelque chose, puis plus tard, ils ont pris chacun un chemin. J’adore quand nous nous retrouvons, quand nous jouons ensemble de la musique libanaise. Vendredi nous voyageons ensemble pour une tournée qui commence en Algérie. »

Rami, son neveu, le virtuose du violoncelle, vit à Paris et a un frère jumeau pianiste également, a étudié au conservatoire de Paris et prépare un album avec son frère et un en solo, explique à Annahar : « Nous sommes tous artistes en famille. »

 

Sary, le fils de Marcel Khalifeh, le virtuose au piano, qui a fait pleurer l’audience avec son requiem en mémoire de l’explosion du port, explique à Annahar qu’il n’était pas présent au Liban le 4 aout 2020 à Beyrouth mais c’est comme s’il y était. La où il était, à Sydney, il a ressenti la violence de l’explosion comme dans un film qui se répète, son enfance qui lui revient en mémoire, et il n’a eu aucun mal à composer cette pièce musicale.

 

La soirée a attiré beaucoup de beau monde : les ambassadeurs de France et du Royaume-Uni étaient présents, une grande partie des membres du gouvernement libanais actuel, le vice-président du gouvernement, Tarek Mitri, le ministre de la culture Ghassan Salame et son épouse, Mary Boghossian, et la femme du premier ministre Nawaf Salam, Sahar Baasiri, l’ex-ministre Safadi et son épouse, May El Khalil, la présidente de l’association du Marathon de Beyrouth aux côtés de nombreuses personnalités culturelles, diplomatiques, des médias et artistiques. Leur participation a ajouté au prestige de l’événement, confirmant le Bustan Festival comme un rendez-vous incontournable de la vie culturelle libanaise.

 

Le festival Bustan, fidèle à sa vocation d’allier art et humanité, a trouvé en Marcel Khalifeh une figure emblématique. Son œuvre, enracinée dans la tradition arabe mais ouverte aux influences contemporaines, incarne la puissance de la musique comme vecteur de mémoire, de liberté et d’espérance.

 

En ce soir d’hiver à Beit Mery, le Bustan Festival n’a pas seulement offert un concert : il a donné au public une expérience de partage, où l’art se fait mémoire et la mémoire devient chant.