Le funambulisme de Telegram : entre protection de la vie privée et risques juridiques

Culture 13-02-2026 | 16:18

Le funambulisme de Telegram : entre protection de la vie privée et risques juridiques

Des interdictions russes aux enquêtes européennes, l'application suscite des débats sur la liberté d'expression et la sécurité en ligne dans le monde.
Le funambulisme de Telegram : entre protection de la vie privée et risques juridiques
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Récemment, l'application Telegram est devenue un sujet de discussion en raison des développements simultanés concernant des restrictions réglementaires en Russie, des enquêtes judiciaires liées à son fondateur, et des rapports de recherche et de sécurité discutant de l'utilisation de certains de ses canaux dans des activités illégales. Ces faits n'illustrent pas un récit unique, mais ouvrent plutôt une discussion plus large sur la nature des plateformes numériques et leurs responsabilités.

 

Restrictions russes et leur contexte

La semaine dernière, les autorités russes ont commencé à restreindre l'accès à Telegram, accusant l'application de refuser de supprimer des contenus qu'elles décrivent comme « criminels et terroristes ». L'Agence fédérale russe de communication a annoncé que les restrictions se poursuivraient tant que les violations légales à ses yeux ne seraient pas corrigées, tandis que l'agence Tass a rapporté que la plateforme fait face à des amendes pour ne pas avoir régulé son contenu.


Des milliers de plaintes pour perturbation de service ont été signalées, selon le site Downdetector. À l'inverse, le fondateur de l'application, Pavel Durov, a déclaré que les tentatives de restreindre la plateforme « échoueront », affirmant que Telegram défend la liberté d'expression et la vie privée.

 

Cette mesure s'inscrit dans une tendance plus large en Russie pour renforcer ce qui est connu sous le nom de « souveraineté numérique », Moscou promouvant une application alternative gérée par l'État appelée MAX, préinstallée sur certains nouveaux appareils. La Russie avait auparavant essayé de bannir Telegram en 2018 avant de revenir sur cette décision.

 

Contexte du fondateur de l'application

Selon le journal EL PAÍS, Pavel Durov est considéré comme un pionnier de la technologie qui se présente comme un défenseur de la liberté des utilisateurs contre les ingérences gouvernementales. Il a précédemment fondé le réseau VKontakte en Russie avant de quitter le pays en 2014 à la suite de différends avec les autorités, puis a lancé Telegram, qui compte des centaines de millions d'utilisateurs actifs mensuels dans le monde.

 

Pavel Durov a été placé sous enquête en France en août 2024 concernant la responsabilité de la plateforme pour des activités illégales suspectées de se produire via Telegram, y compris des problèmes liés à une collaboration insuffisante avec les autorités pour combattre certains crimes numériques. Les procédures judiciaires sont en cours, sans jugement final émis.

 

Rapports de recherche et de sécurité

Sur le plan académique, une étude publiée sur la plateforme arXiv a analysé 339 canaux liés à des activités criminelles numériques, atteignant plus de 23 millions d'utilisateurs. Selon les résultats de l'étude, ces canaux comprenaient le commerce de données piratées, des logiciels malveillants et des liens de phishing, tandis que 196 canaux ont été fermés dans les trois mois après avoir été signalés, certaines activités se déplaçant vers d'autres canaux.

 

Telegram logo. (Websites)
Telegram logo. (Websites)

 

 

Dans un contexte connexe, l'entreprise Kaspersky a publié en juillet 2024 une déclaration indiquant que son équipe de Digital Footprint Intelligence avait détecté une augmentation de 53 % des publications relatives à des activités criminelles sur les canaux Telegram pendant mai-juin 2024 par rapport à la même période l'année précédente.

 

Selon la déclaration, ces activités comprenaient des discussions sur des plans d'escroquerie, le commerce de bases de données divulguées, et la vente de services tels que les attaques par déni de service distribué (DDoS) en tant que service.

 

Les analystes de l'entreprise ont noté que la facilité de création de canaux et l'absence de système de réputation similaire à ceux des forums du dark web pourraient attirer certains acteurs criminels. Cependant, cela ne signifie pas que ces activités représentent l'utilisation prédominante de Telegram, qui est largement utilisé pour des communications légitimes par des centaines de millions à travers le monde.

 

Entre usages variés et régulation

Outre ces rapports, certains médias et études de recherche ont abordé des cas où des canaux publics sur Telegram ont été utilisés pour diffuser des informations erronées ou pour coordonner des activités politiques controversées dans des contextes spécifiques.

 

En résumé, le cas de Telegram croise des considérations politiques, juridiques et techniques. L'application est présentée comme un espace pour renforcer la vie privée et la liberté d'expression, tandis que des rapports officiels et de recherche soulignent les défis liés à la supervision du contenu et à la prévention des usages abusifs. Entre ces deux dimensions, le débat reste ouvert sur la façon d'atteindre un équilibre pratique entre la protection des libertés numériques, le respect de la loi et la réduction des risques de sécurité.