L'influenceuse Kika Fourzali, créatrice de contenu, entrepreneure et promotrice de bien-être
Le moment décisif où elle a compris que sa présence en ligne pouvait devenir un métier fut celui où les marques l’ont approchée et ont commencé à la rémunérer pour ses collaborations. Enceinte, elle partageait alors des conseils sur la grossesse. Ses publications ont d’abord attiré quelques lectrices, puis un public de plus en plus large, jusqu’à susciter l’intérêt des marques.
Ce tournant marqua le début d’une trajectoire nouvelle : de simples partages d’expérience, elle passa à une activité suivie et reconnue. La confiance de son audience, alliée à l’attention croissante des entreprises, transforma son engagement personnel en véritable profession.
Progressivement, son univers s’est structuré autour de contenus authentiques et accessibles, répondant aux attentes d’une communauté en quête de repères. Les marques, séduites par cette proximité et cette crédibilité, ont trouvé en elle une interlocutrice capable de relier leur message à une expérience vécue.
Ainsi, ce qui avait commencé comme un échange spontané s’est imposé comme une carrière, fondée sur la sincérité, la régularité et la capacité à fédérer.
Son enfance au Liban a façonné son rapport à l’image, à la féminité et à la créativité. Grandir dans ce pays, c’est baigner dans une culture où l’esthétique occupe une place centrale et où le regard se forme au contact d’un environnement riche en contrastes. Elle transmet ensuite au public sa propre manière de percevoir les choses.
Être une influenceuse libanaise dans un pays en crise permanente, c’est offrir un peu d’espoir malgré les difficultés. Ce rôle encourage les gens à créer et à entreprendre. Kika n’est jamais déconnectée de la réalité : elle vit les mêmes épreuves que ses abonnées. Présente aussi au Nigéria, où elle a de la famille, elle s’efforce d’apporter toujours une touche de légèreté.
Elle gère avec finesse la tension entre un quotidien parfois dur et la volonté de montrer un univers esthétique. Les pauses photographiques qui ponctuent son compte Instagram mettent en avant le beau et l’harmonie, comme une échappatoire permettant de se détacher, le temps d’un instant, des violences et des contraintes du réel.
Il y a un seul sujet lié au Liban que Kika refuse d’aborder, par choix et par prudence : la politique. Dès qu’elle entend ce mot, elle perçoit immédiatement les tensions qu’il suscite. Ayant grandi dans ce pays, la politique garde pour elle une connotation négative. Elle préfère orienter son influence vers d’autres domaines.
Pourtant, elle exprime le souhait de voir les Libanais réfléchir et choisir des délégués capables d’améliorer réellement le quotidien, notamment dans des secteurs essentiels comme l’électricité ou les infrastructures. Si elle pouvait donner de la visibilité à une personne engagée dans le développement du Liban, elle en serait fière.
Responsable de l’impact qu’elle exerce sur les jeunes filles qui la suivent, Kika reçoit sans cesse des messages de celles qu’elle encourage et motive à faire des efforts. Sa communication se distingue par une grande transparence : elle n’hésite pas à évoquer les difficultés, ce que son public apprécie particulièrement.
Les marques avec lesquelles elle collabore lui ressemblent. Elle choisit des produits qu’elle utilise réellement ou qui peuvent améliorer son quotidien. Si elle n’a jamais refusé une collaboration pour des raisons éthiques, elle en a décliné certaines pour des raisons personnelles, lorsque la marque ne correspondait pas à son univers : « Il faut que la marque me parle », insiste-t-elle.
Elle trouve l’équilibre entre authenticité et mise en scène en soignant les photos de ses activités quotidiennes : « Je suis vraie et authentique, mais j’aime mettre en scène le produit, l’idée ou le conseil. Le rendu est plus joli. »
En revanche, elle refuse de montrer sur les réseaux les moments où elle n’est pas heureuse. Comme tout le monde, il lui arrive d’être déprimée, mais elle préfère ne pas en parler publiquement.
« Les réseaux nous poussent à vouloir être parfaits, mais j’ai réalisé que les gens apprécient les personnes normales, celles qui affrontent des soucis comme tout le monde. Ma communauté est bienveillante. Il n’y a pas de stratégie figée derrière mon contenu : c’est un mélange d’intuition, de planification et de storytelling. Pour construire une communauté fidèle plutôt qu’une simple audience, il faut rester cohérente, partager son parcours et interagir en répondant aux questions.
Une jeune Libanaise qui souhaite se lancer dans le digital doit commencer sans attendre : c’est en pratiquant qu’elle apprendra le plus. C’est mon credo. Les femmes prennent aujourd’hui davantage de place dans l’espace public libanais. Je reste pourtant choquée qu’elles ne puissent pas transmettre leur nationalité à leurs enfants. Que faut-il pour que cela change ?
Je navigue entre traditions libanaises et aspirations globales, reflet de mon identité : père libanais, mère française, une enfance partagée entre le Liban et l’Afrique, et une vie actuelle à Dubaï. Cet équilibre est ma signature. Je protège ma vie personnelle dans un univers où tout semble devoir être exposé. Seule une partie de mon quotidien apparaît sur les réseaux : environ 30 %. Mes enfants et mon mari, je les préserve.
La plus grande idée reçue à mon sujet est que je serais hautaine, alors qu’en réalité je suis timide. Les critiques, attaques ou malentendus en ligne ne m’atteignent pas. Lorsqu’elles sont constructives, je les accueille sans les percevoir comme malveillantes.
Dans cinq ans, j’espère être toujours active dans l’influence et développer de nouveaux projets, au-delà de mon café. Si j’avais carte blanche, je créerais une galerie d’art. Mon ambition est de laisser dans le paysage digital libanais l’image d’une femme qui encourage les autres à se lancer, à mener une vie plus saine et à prouver qu’il est possible de tout concilier : être mère, travailler et prendre soin de soi.
La phrase qui m’anime est : On ne remet pas au lendemain ce que l’on peut faire aujourd’hui. Si je pouvais changer une seule chose dans la société libanaise, ce serait l’incertitude qui empêche les gens de progresser, de construire et d’investir. Un pays plus stable serait naturellement beaucoup plus développé. »
Réussir aujourd’hui en tant que femme, c’est être heureuse, indépendante et exercer une activité que l’on aime véritablement. C’est aussi savoir se satisfaire de ce que l’on a.
Question santé durant le Ramadan
« Durant le mois de Ramadan, quelles sont selon vous les pratiques alimentaires les plus pertinentes pour concilier tradition, santé et équilibre ? »
Le mois de Ramadan est un moment festif. Beaucoup de familles rompent le jeûne avec des plats riches et frits, parfois au détriment de la santé. Après 12 à 14 heures de jeûne, le corps est déshydraté : il ne faut pas rompre le jeûne par des feuilletés ou des fritures, car cela peut provoquer un pic de glycémie suivi d’une chute rapide, entraînant maux de tête, fatigue intense et autres symptômes désagréables. L’idéal est de commencer doucement, avec de l’eau, des dattes, une soupe ou une salade, puis d’intégrer des protéines (poulet, poisson, légumineuses), des légumes, et bien sûr de bien s’hydrater. Une portion raisonnable de glucides, comme du riz ou du pain complet, complète le repas. Les fritures peuvent être consommées occasionnellement, mais pas quotidiennement.
Pour le Sohour, afin de maintenir énergie et bien-être tout au long de la journée, il est préférable d’éviter les plats trop salés (comme les fromages) ou trop sucrés (comme les viennoiseries), qui accentuent la faim et la soif. Il vaut mieux privilégier des aliments qui stabilisent la glycémie : œufs, flocons d’avoine, yaourt grec, ainsi que de bonnes graisses comme l’avocat et les noix, qui permettent de tenir jusqu’au soir.