Carême chrétien : entre tradition et renouveau, des fidèles témoignent
Mireille, 42 ans, fidèle maronite à Achrafieh, raconte : « Le Carême est pour moi une montée vers Pâques. Dès le lundi nous entrons dans une discipline stricte. Mais ce n’est pas une contrainte, c’est une libération. »
Georges, 55 ans, orthodoxe grec de Zahlé, insiste sur la dimension communautaire : « Le Carême n’est pas seulement un effort individuel. Dans notre paroisse, nous vivons ensemble les offices, les jeûnes, les veillées. C’est une traversée partagée. »
Pour Layla, 30 ans, melkite de Tripoli, le Carême est aussi un acte de résistance culturelle : « Dans un monde saturé de consommation, jeûner et prier, c’est affirmer une identité spirituelle qui nous relie à nos racines. »
Les cendres, signe de conversion
Dans l’Église catholique latine, le Carême commence au mercredi des Cendres. Ce jour-là, les fidèles reçoivent sur leur front une croix tracée avec des cendres, issues de la combustion des rameaux bénis de l’année précédente. Ce geste symbolise à la fois la fragilité de la vie humaine (« Tu es poussière et tu retourneras à la poussière ») et l’appel à la conversion intérieure (« Convertis-toi et crois à l’Évangile »).
Dans les Églises orientales, cette pratique n’existe pas, mais le sens est similaire : le lundi marque une entrée directe dans le jeûne et la purification, sans rite des cendres mais avec une intensité liturgique forte.
Que peut-on manger durant le Carême ?
La discipline alimentaire varie selon les traditions, mais elle reste au cœur de l’expérience spirituelle :
En Orient : le jeûne est plus strict. Les fidèles s’abstiennent de viande, poisson, produits laitiers, parfois même huile et vin. Les repas se composent souvent de légumes, légumineuses, céréales et fruits secs.
En Occident : l’abstinence de viande est observée le vendredi, et le jeûne est pratiqué le mercredi des Cendres et le Vendredi saint. Les fidèles peuvent consommer du poisson, des légumes et des plats simples.
Au Liban, cette tradition culinaire a donné naissance à une riche variété de plats de Carême : lentilles mijotées, pois chiches, taboulé sans huile, ou encore desserts à base de semoule et de fruits secs.
Orient et Occident : deux rythmes, une même quête
Alors que le Carême catholique latin commence au mercredi des Cendres, les Églises orientales débutent le lundi.
En Orient, la rigueur du jeûne est plus marquée, et la liturgie insiste sur la purification dès le départ.
En Occident, la discipline est plus symbolique, centrée sur le rite des cendres et l’abstinence de viande le vendredi.
Malgré ces différences, l’horizon est commun : préparer les fidèles à la joie pascale.
Un temps de communauté au Liban
Au-delà des pratiques individuelles, le Carême oriental est vécu comme une expérience collective. Les paroisses libanaises organisent des repas solidaires, des conférences, des veillées de prière. « C’est un moment où l’on se sent relié aux autres », souligne Georges, « comme si le désert devenait un chemin partagé. » Dans un pays marqué par la diversité religieuse, le Carême devient aussi un signe de cohésion et de mémoire commune.
Qu’il commence au mercredi des Cendres ou au lundi pur, le Carême reste une tradition vivante. Les témoignages des chrétiens orientaux au Liban montrent qu’il demeure un temps fort de la vie spirituelle, capable de se réinventer et de renforcer les liens communautaires dans une société plurielle.