Le monde arabe et le besoin urgent d'un nouveau contrat social au 21e siècle
Le monde change à un rythme sans précédent dans presque tous les domaines. L'économie mondiale est en train d'être remodelée, l'intelligence artificielle pénètre dans tous les aspects de la vie, et la concurrence internationale est de plus en plus alimentée par la connaissance et l'innovation plutôt que par les ressources traditionnelles. Pendant ce temps, dans le monde arabe et au Moyen-Orient, de nombreuses sociétés sont encore engagées dans des conflits des siècles précédents — divisant les pays selon des lignes sectaires et ethniques, affaiblissant des États qui ont été construits sans répondre à leurs aspirations, et s'empêtrant dans des luttes militaires et idéologiques, dont la plupart sont déconnectées du présent.
Au milieu de ces transformations, le monde arabe fait face à une question décisive : peut-il construire un nouveau contrat social qui surmonte les crises du passé — y compris les divisions sectaires, ethniques, confessionnelles et régionales — et établir une relation plus stable entre l'État et la société ?
Le concept de contrat social n'est pas nouveau. Les philosophes politiques l'utilisent depuis longtemps pour expliquer la relation entre l'autorité et la société, mais son contenu évolue d'une époque à l'autre en fonction des défis que rencontrent les sociétés. Bien que beaucoup de nos sociétés aient formellement adopté un contrat social sous la forme d'une « constitution », il est souvent resté peu plus que de l'encre sur du papier dans la plupart des pays, tandis que les héritages sociaux ont prévalu sur la citoyenneté et l'égalité. Dans le contexte arabe, le besoin de renouveler le contrat social est devenu plus urgent que jamais. Cependant, les discussions à ce sujet restent limitées, les agendas publics étant dominés par les guerres, les prétentions de supériorité ethnique, l'intolérance sectaire et divers mythes. Il devient donc nécessaire de développer de nouveaux concepts et de les placer sur des agendas de discussion sérieux, notamment les suivants :
Premièrement : D'un État protecteur à un État d'émancipation
À des étapes antérieures, les citoyens voyaient l'État principalement comme une entité fournissant sécurité et services de base. Bien que ces fonctions restent essentielles, elles ne suffisent plus. L'État moderne est désormais censé émanciper ses citoyens afin qu'ils puissent concourir dans un monde hautement complexe. Il doit fournir une éducation avancée de haute qualité, un environnement économique stimulant et compétitif, des institutions capables de suivre le progrès technologique, et une législation moderne. Ainsi, le succès de l'État ne sera plus mesuré uniquement par sa capacité de protection, mais aussi par sa capacité à émanciper les gens.
Deuxièmement : La citoyenneté comme fondement de la légitimité moderne
Les expériences internationales montrent que les sociétés les plus stables sont celles dans lesquelles les citoyens se sentent être de véritables partenaires de la nation, plutôt que de faire partie de catégories ou de classes sociales différentes avec des privilèges inégaux. Ce sentiment est réalisé non seulement par la rhétorique, mais par la pratique quotidienne de justice, d'égalité et d'égal accès aux opportunités. Un citoyen n'évalue pas la valeur de sa citoyenneté par ce qui est dit, mais par ce qu'il vit au quotidien. Lorsqu'un citoyen est convaincu que la loi le protège et que son avenir dépend de son effort plutôt que du hasard de la naissance, la confiance en la citoyenneté est renforcée.
Troisièmement : Surpasser les anciennes divisions
Les conflits identitaires, sectaires et tribaux ont drainé une grande partie de l'énergie de la région arabe au cours des dernières décennies. Cela ne signifie pas ignorer les identités particulières ou éliminer la diversité ; au contraire, cela signifie les placer dans leur contexte naturel en tant qu'éléments culturels, non comme instruments de conflit social. Le nouveau siècle impose des défis trop grands pour être relevés par un seul groupe, une seule secte ou même une seule région. Le succès nécessite la mobilisation des communautés et, dans certains cas, des régions ou des formations plus larges.
Quatrièmement : La connaissance comme base du nouveau pouvoir
Autrefois, le pouvoir se mesurait à la taille de la population, à la superficie des terres ou aux ressources naturelles. Aujourd'hui, les pays les plus influents sont ceux qui ont la plus grande capacité à produire des connaissances. En conséquence, les universités, les centres de recherche, les penseurs et les laboratoires font partie de la sécurité nationale. Une société qui possède des connaissances devient plus capable de sauvegarder son indépendance.
Cinquièmement : Le Golfe arabique comme modèle potentiel
Les pays du Golfe possèdent une occasion historique rare : ils ont des ressources énergétiques, des infrastructures avancées, un niveau d'éducation progressivement amélioré et, surtout, ils conservent leurs élites, avec des capacités croissantes dans la technologie et l'investissement. Cependant, le véritable succès repose sur la construction de capacités humaines capables d'assurer l'avenir au-delà de l'ère pétrolière, conduisant à l'établissement d'un système « unifié » complet en garantie de durabilité.
Sixièmement : De la gestion de crise à la construction de l'avenir
Une caractéristique clé de nombreux discours arabes est leur focalisation sur la gestion de crise plutôt que la construction de l'avenir. Les débats sur le passé consomment de l'énergie et creusent les divisions. Cela ne signifie pas ignorer l'histoire, mais plutôt la replacer à sa juste échelle. Les nations ne peuvent pas changer ce qui s'est passé hier, mais elles peuvent décider de ce qu'elles feront demain.