Stratégie de négociation de l'Iran : Pourquoi Téhéran fait attendre Washington

Moyen-Orient 02-06-2026 | 08:59

Stratégie de négociation de l'Iran : Pourquoi Téhéran fait attendre Washington

Téhéran voit une valeur stratégique dans la prolongation des négociations, en utilisant la diplomatie, les tensions régionales et les défis internes comme levier contre Washington.
Stratégie de négociation de l'Iran : Pourquoi Téhéran fait attendre Washington
Le drapeau iranien au milieu des ruines et des débris à côté d'un immeuble résidentiel détruit près de la place Ferdowsi à Téhéran. (AFP)
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Les négociations de l'Iran avec les Américains ont une caractéristique unique. Elles ne sont pas uniquement centrées sur les avantages matériels que Washington peut offrir, bien que ceux-ci soient certainement importants. Il y a toujours un effort iranien pour forcer la main de l'Amérique dès que possible.

 

Par exemple, l'Iran n'a pas accepté de libérer les otages américains avant le jour de l'investiture du président Ronald Reagan, le 20 janvier 1981. Cela a été un coup symbolique significatif pour son prédécesseur, Jimmy Carter, sous l'administration duquel la crise des otages avait éclaté.

 

Avec l'ancien président Barack Obama, les négociations initiales ont duré environ 10 mois avant que le Plan d'action global conjoint ne soit lancé en 2013, ouvrant la voie à l'accord nucléaire conclu en juillet 2015. Cependant, quelques jours avant l'entrée en vigueur de l'accord, l'Iran a détenu des marins américains qui avaient pénétré accidentellement dans ses eaux territoriales et a publié des images de leur capture, malgré la politique d'ouverture de Washington envers Téhéran.

 

Sous la présidence de Joe Biden, deux questions ont empêché les États-Unis et l'Iran de revenir à l'accord nucléaire, auquel Washington avait renoncé à la mi-2018 : la demande de l'Iran que les Gardiens de la révolution soient retirés de la liste des terroristes, et son insistance sur des garanties qu'aucun président américain futur ne puisse se retirer de l'accord.

 

La première demande n'était pas liée à l'accord nucléaire lui-même, tandis que la seconde allait au-delà de l'autorité constitutionnelle de Biden. En d'autres termes, l'Iran aurait pu parvenir à un accord rapide et profitable avec l'administration précédente, mais il a choisi de ne pas le faire.

 

 

Le message de l'Iran à Trump

 

 

Téhéran continue d'aborder la diplomatie de manière similaire avec le président Donald Trump. D'une part, l'Iran peut avoir un plus grand incitatif à forcer sa main en raison de la guerre prolongée et du siège imposé. D'autre part, retarder l'acceptation d'un accord montre qu'il n'est pas sous une pression urgente et peut se permettre d'attendre.

 

Si la négociation d'un cadre préliminaire pour prolonger les cessez-le-feu et alléger la pression mutuelle dans le détroit d'Ormuz prend autant de temps, alors atteindre un accord permanent abordant les causes profondes de la crise prendra probablement encore plus de temps.

 

 

U.S. President Donald Trump enters the Blue Room at the White House to speak about Iran. (AP)
U.S. President Donald Trump enters the Blue Room at the White House to speak about Iran. (AP)

Les déclarations tendues de Trump ont été accueillies par une position iranienne tout aussi rigide. Pour Téhéran, la procrastination est presque devenue une forme de luxe politique. Elle sert de message de force : même après être sorti de la guerre, tout règlement n'est pas acceptable. Sous Obama, l'Iran a obtenu un accord qui permettait un enrichissement d'uranium limité avant que des restrictions soient levées progressivement après environ une décennie et demie. Aujourd'hui, les déclarations iraniennes suggèrent que Téhéran n'est pas prêt à accepter moins que ce seuil. Pourtant, l'aspect le plus important pourrait résider ailleurs.

 

 

L'Iran et l'anxiété perpétuelle

 

 

Une crise prolongée dans le détroit d'Ormuz permet à Téhéran de repousser l'affrontement avec les défis internes. Plus la crise dure, plus longtemps l'Iran peut éviter la possibilité de tensions renouvelées dans les rues. Quel que soit le résultat de la dernière guerre, et même si le régime reste intact, il y a une peur persistante que des manifestations violentes puissent réémerger.

 

Ainsi, si Téhéran peut résister à la pression de la guerre, du siège et des sanctions pendant des mois, il pourrait réussir à répandre la déception et la frustration parmi les citoyens en colère. Cependant, ce résultat est loin d'être garanti. Les manifestations en Iran ont continué, bien que de manière intermittente, pendant près d'une décennie.

 

 

Protests in Tehran following the death of young woman Mahsa Amini while in police custody, 2022. (AP)
Protests in Tehran following the death of young woman Mahsa Amini while in police custody, 2022. (AP)

 

 

Pour cette raison, l'Iran cherche également à libérer une partie de ses fonds gelés comme paiement anticipé pour tout futur accord. Si cela se produit, cela renforcerait l'affirmation de Téhéran qu'il peut extraire des concessions tout en dirigeant simultanément une partie des fonds vers la résolution des besoins internes urgents.

 

Pour ces raisons et d'autres, un accord rapide, même un qui pourrait être présenté comme une victoire rapide pour Téhéran, pourrait ne pas convenir à la direction iranienne à cette étape. La question plus importante est de savoir combien de temps l'Iran peut continuer à se fier au retard comme stratégie compte tenu de ses conditions économiques de plus en plus difficiles.

 

 

Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.