Qal'at al-Shaqif : De forteresse stratégique au « Monstre sur la montagne » dans la mémoire israélienne
Qal'at al-Shaqif (Château Beaufort ou Beaufort) n'a jamais été simplement une forteresse de pierre surplombant les collines du sud du Liban. Pendant des décennies, le château situé sur un promontoire dominant la vallée du Litani et la Haute Galilée est devenu un nœud militaire et psychologique dans l'esprit israélien, au point que les médias hébreux le décrivent aujourd'hui à nouveau comme le monstre sur la montagne, évoquant la possibilité d'une activité militaire israélienne à proximité et d'un retour sur le site.
Cette expression ne surgit pas de nulle part, mais d'une longue histoire de batailles, de pertes et de retraites qui ont fait de Qal'at al-Shaqif un symbole lourd dans la mémoire de l'armée israélienne, tout comme il est un symbole de résilience dans la mémoire libanaise et palestinienne.



Cependant, prendre d'assaut le château n'était pas facile, selon les médias hébreux. Dans la nuit du 6 juin 1982, l'unité de reconnaissance de la Brigade Golani a été chargée d'avancer le long d'une route de montagne étroite et sinueuse vers le château dans une opération qui est devenue plus tard l'une des batailles les plus célèbres et les plus meurtrières de l'histoire de l'armée israélienne.
Dans des tranchées et des fortifications en béton, des combats au corps à corps ont eu lieu sous une résistance féroce. Les Israéliens décrivent cette nuit comme une « victoire à un coût insupportable », après que plusieurs officiers et soldats israéliens aient été tués, y compris des commandants supérieurs de l'unité Golani. Depuis lors, l'image du château s'est enracinée en Israël comme un lieu qui « engloutit des soldats » et épuise les forces, transformant Qal'at al-Shaqif en un symbole de peur et de pertes plutôt que de victoire militaire.
Cette image n'a pas pris fin avec la conclusion de l'invasion. Après qu'Israël se soit retiré dans ce qui était connu comme la « zone de sécurité » en 1985, le château est devenu une position militaire avancée et exposée. Les soldats israéliens vivaient dans des bunkers en béton et des tunnels fortifiés sous bombardement continu, mentre que la route menant au château était connue en Israël sous le nom de « route sanglante » en raison des nombreuses attaques et des engins explosifs qui y visaient les soldats.
Durant ces années, Qal'at al-Shaqif est devenu un symbole de l'idée du « bourbier libanais » au sein de la société israélienne. Des dizaines de soldats ont été tués ou blessés dans les environs du château, tandis que l'opinion publique israélienne a commencé à poser des questions sur l'utilité de rester au sud du Liban. Avec le temps, le château n'était plus vu comme une position offrant une supériorité militaire, mais comme un fardeau permanent humain et psychologique.
En mai 2000, cette phase a pris fin dans un moment qui reste profondément gravé dans la mémoire israélienne. Avec la décision de l'ancien Premier ministre israélien Ehud Barak de se retirer du sud du Liban, le château a été évacué en toute discrétion avant que l'armée israélienne ne fasse exploser le site avec des tonnes d'explosifs, pour éviter que des drapeaux du Hezbollah ne soient dressés sur les fortifications militaires. Cette explosion n'était pas simplement une opération d'ingénierie, mais une déclaration de la fin de l'une des expériences militaires les plus coûteuses de l'histoire moderne d'Israël.
Aujourd'hui, avec une escalade renouvelée dans le sud du Liban, les médias hébreux ont rouvert le dossier une fois de plus. Les rapports israéliens parlent de l'importance stratégique du château et de sa capacité à fournir un point d'observation de contrôle sur les feux pour l'armée israélienne, mais en même temps ils soulèvent une vieille question qui revient hanter l'établissement militaire : le « monstre sur la montagne » mérite-t-il d'y retourner à nouveau ?
Le rapport cite la chercheuse israélienne Orna Mizrahi, qui affirme que Qal'at al-Shaqif (Château Beaufort) « porte un poids symbolique important en raison de l'histoire de l'armée israélienne là-bas », mais elle remet en question l'utilité de le réoccuper, avertissant que le château se trouve profondément enraciné dans le sud du Liban et que le détenir pourrait reproduire la même expérience qui a poussé Israël à se retirer il y a un quart de siècle.
Alors que le château revient aujourd'hui au premier plan des bombardements et de la guerre, Qal'at al-Shaqif (Château Beaufort) semble être plus qu'un simple site militaire ou archéologique. C'est un lieu où la mémoire se mêle à l'histoire, la défaite au symbolisme, et le sud du Liban à l'un des chapitres les plus douloureux et complexes du conflit arabo-israélien.