Constitution libanaise : principes et transition actuelle

Liban 22-05-2026 | 14:35

Constitution libanaise : principes et transition actuelle

Un siècle après sa rédaction, la Constitution du Liban reste un cadre vivant façonné par le compromis confessionnel, l'évolution politique et un parcours inachevé vers un État pleinement unifié.
Constitution libanaise : principes et transition actuelle
Une image montrant le fauteuil présidentiel vide après la fin officielle du mandat de l’ancien président libanais Michel Aoun au palais de Baabda, au Liban, le 1er novembre 2022. (Reuters)
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Avocate Judith El Tini

Docteure en droit

 

Depuis la proclamation de l'État du Grand Liban en 1920, il était clair que l'entité naissante avait besoin d'une constitution pour la réguler. En 1926, le haut-commissaire français a annoncé son intention de rédiger cette constitution. Le conseil représentatif s'est réuni et a élu un comité de députés pour la préparer. Le 23 mai de cette année, la Constitution libanaise a été proclamée.

 

La Constitution libanaise n'est pas sortie de nulle part. Elle a tiré ses principes de la Constitution de la Troisième République française de 1875 et a également été influencée par la structure de la Constitution belge de 1831. Cela a conduit à l'adoption d'un système républicain parlementaire, à l'organisation des relations entre les pouvoirs législatif et exécutif, et même à la méthode d'élection du Président de la République et à la définition de ses pouvoirs, suivant le modèle français de l'époque.

 


 

Cependant, le caractère particulier du Liban s'est affirmé dès le début. La Constitution de 1926, qui a établi le modèle de l'État moderne, a également ancré la réalité d'une société sectaire. L'article 95 dans sa formulation originale stipulait une représentation équitable des communautés religieuses dans les postes publics et la formation du gouvernement "temporairement et dans la recherche de justice et d'harmonie". Pourtant, la notion libanaise de "temporaire" semblait avoir intégré la structure du système de manière permanente.

 

Dans sa justification de cet article, le rapporteur du comité constitutionnel Shibl Dammous a présenté des raisons, telles qu'enregistrées dans le livre de Pierre Rondot, indiquant que la société libanaise n'avait pas encore atteint le stade d'intégration nationale complète, et que le peuple libanais n'était pas encore habitué à privilégier la solidarité nationale sur la solidarité sectaire.

 

Après plusieurs amendements, l'Accord de Taëf de 1989 a ouvert la voie à une approche plus avancée. Les amendements constitutionnels adoptés en 1990 n'ont pas seulement redistribué les pouvoirs parmi les présidences, mais ont également tracé une voie théorique vers l'abolition du sectarisme politique. Le préambule amendé de la Constitution déclarait clairement que "l'abolition du sectarisme politique est un objectif national fondamental", tandis que l'article 95, tel qu'amendé, mandatait l'abolition progressive du sectarisme politique afin de passer d'un système gouverné par l'équilibre sectaire à un système basé sur l'équilibre des pouvoirs.

 

L'article 95 a établi une phase transitoire jusqu'à ce que le sectarisme politique soit aboli. Cependant, après plus de trois décennies, le Liban reste dans cette "phase transitoire". Cette représentation sectaire temporaire pendant la transition s'aligne avec le principe de discrimination positive qui empêche une exclusion permanente. Pourtant, la pensée clientéliste, la mobilisation politique, et l'absence d'une véritable compréhension de l'État dans la perception institutionnelle ont conduit à un détournement de cet article.

 

Ce qui est nécessaire aujourd'hui n'est pas un changement du système ou de la Constitution, qui consacre des constances en accord avec la nature d'un système parlementaire pluraliste. Cependant, cela n'empêche pas la nécessité de clarifier certaines dispositions. Le Premier ministre Nawaf Salam a abordé dix points clés nécessitant clarification dans son livre "Le Liban entre hier et demain," qui touchent les branches législative et exécutive et la relation entre elles. Par exemple, le Premier ministre Salam a soulevé le cas hypothétique de désaccord entre le Président de la République et le Premier ministre lors de la conclusion d'un traité international. Que se passe-t-il dans un tel cas ? La question est-elle renvoyée au Conseil des ministres pour décision ? De cela, il a considéré que l'article 52 de la Constitution nécessite clarification. Il convient de noter que cette question n'est pas soulevée actuellement en lien avec les négociations avec Israël, car les deux présidents sont en accord.

 

Aujourd'hui, après cent ans, la Constitution libanaise apparaît beaucoup comme la propre biographie du Liban : un texte ambitieux, riche en principes, mais chargé d'interprétations et de conflits. Néanmoins, elle reste le cadre principal qui rassemble les Libanais sous l'idée de l'État, même si cette idée est encore en négociation continue.