Hormuz : Quand un point de passage commence à perdre son emprise
Le détroit d'Hormuz n'a jamais été simplement un passage maritime étroit entre l'Iran et le Sultanat d'Oman. Depuis des décennies, il est l'un des instruments de pouvoir les plus importants du système international.
Par cette artère, une grande partie du commerce mondial de pétrole et d'énergie transite, ce qui en fait un point névralgique très sensible capable de transformer toute tension régionale en crise économique mondiale. Pour cette raison, il n'est pas surprenant que le contrôle du détroit, ou même la simple menace de le perturber, soit devenu un outil de pression politique et stratégique aux mains de l'Iran, utilisé chaque fois que la pression sur ce pays s'intensifie.
Cependant, la récente crise dans le golfe, accompagnée de menaces répétées sur la navigation maritime et de tentatives internationales larges pour sécuriser le passage maritime par la force ou la protection collective, a soulevé une question plus profonde que la crise elle-même : le monde est-il encore prêt à accepter que son économie soit prise en otage par une seule voie d'eau, ou assistons-nous au début d'un changement historique dans la pensée mondiale sur les routes maritimes stratégiques ?
Réseaux multiples
En arrière-plan, le monde entier se dirige vers une refonte de la carte du commerce et de l'énergie. La guerre en Ukraine a poussé l'Europe à diversifier ses sources d'énergie de manière inédite. Les attaques en mer Rouge ont ravivé l'idée de corridors terrestres comme alternative partielle aux routes maritimes menacées. Quant à la Chine, elle construit depuis des années l'Initiative « la Ceinture et la Route » sur la base de la réduction de la vulnérabilité des routes d'approvisionnement traditionnelles via un vaste réseau de ports, de routes et de chemins de fer.
Même le changement climatique est entré en jeu, avec des discussions croissantes sur de nouvelles routes maritimes arctiques qui pourraient, à l'avenir, devenir une partie du commerce mondial à mesure que la glace fond dans le nord.
En d'autres termes, le monde passe progressivement de la dépendance à un seul point de passage à la construction de réseaux multiples, afin qu'aucun détroit unique ne puisse paralyser l'économie mondiale.
Ici réside le grand paradoxe. Plus l'Iran utilise le détroit d'Hormuz comme carte de pression, plus les efforts internationaux pour trouver des alternatives qui réduisent la valeur de cette carte s'accélèrent. Ce n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire. Les puissances qui surutilisent leurs outils de pression poussent souvent les autres à trouver des moyens de les contourner, jusqu'à ce que les instruments de pouvoir perdent progressivement de leur influence.
Cependant, cela ne signifie pas que l'ère des routes maritimes est terminée. Au contraire, nous pourrions assister dans les années à venir à des efforts accrus pour sécuriser ces routes par des puissances internationales, car le monde ne peut tolérer le chaos continu dans les artères du commerce et de l'énergie. La crise d'Hormuz pourrait conduire au développement de nouvelles formes de protection maritime collective, que ce soit par des alliances navales ou des arrangements internationaux plus stricts.
Cela signifie que nous pourrions faire face à deux voies parallèles en même temps : l'augmentation de la militarisation et de la sécurité des routes maritimes, et un investissement accru dans des alternatives qui réduisent la dépendance à leur égard. C'est la véritable transformation.
Le monde ne se prépare pas à abandonner les routes maritimes, mais il se prépare à empêcher tout acteur d'acquérir la capacité de faire chanter le monde à travers elles.
La question n'est plus simplement : qui contrôle le détroit ? mais plutôt : comment construire un système mondial dans lequel aucun détroit unique n'est capable de menacer l'économie internationale de lui-même ?
Et peut-être est-ce le résultat le plus important qui restera après la crise d'Hormuz. Car le monde a commencé, pour la première fois sérieusement, à penser à « ce qui vient après la géographie des goulots d'étranglement ».
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