La Palestine, la mémoire et le chant de l'appartenance

Moyen-Orient 09-05-2026 | 18:52

La Palestine, la mémoire et le chant de l'appartenance

De la scène culturelle de Rabat à Marcel Khalife et Mahmoud Darwish, des réflexions sur l'art, l'identité et une cause qui transcende les frontières
La Palestine, la mémoire et le chant de l'appartenance
Darwish et Khalife… appartenir à la Palestine dépasse l'identité nationale, devenant une profonde croyance en la justice et en le droit lui-même.
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Rien n'unit la société marocaine comme deux causes : la Palestine et son unité territoriale.

 

Ici, la Palestine n'est pas seulement une question passagère, mais un pouls qui traverse les générations et une mémoire vivante qui réveille la conscience humaine chaque fois qu'elle commence à s'estomper, tout comme l'unité de la terre est profondément enracinée dans l'esprit collectif marocain.

 

 

Un droit évident

 

À une époque où les déceptions de la réalité se multiplient et où les images de l'effondrement résonnent plus fort, cette lueur de vérité reste vive, ouvrant une fenêtre pour l'âme fatiguée vers le sens. C'est comme si la Palestine, par sa présence constante, restaurait l'équilibre entre les êtres humains et leur dignité.

 

À Rabat, durant une semaine chargée d'événements culturels, la scène semblait écrire un nouveau chapitre de cette appartenance. Des salles du Salon international de l'édition et du livre de Rabat au moment de l'hommage du Prix mondial de poésie Arkan décerné par la Maison de la poésie au Maroc cette année à une présence poétique palestinienne collective : quatre poètes, Ghassan Zaqtan, Yusuf Abdul Aziz, Tahar Riyad, et Zuhair Abu Shaib. C'était une célébration de la richesse de l'expérience et de la diversité des voix. Rabat est apparu comme une plateforme où la poésie embrassait sa cause, et la culture écrivait la solidarité dans un langage clair pour l'âme.

 

 

Je suis Libanais

 

Dans l'une des riches sessions culturelles de cette semaine, j'ai écouté Marcel Khalife raconter comment les publics le saluent avec la phrase « bienvenue à l'artiste palestinien, » et comment il répond avec un sourire et une correction : « Je suis Libanais. » Pourtant, avec une insistance spontanée, ils répondent : « Oui, nous le savons, et bienvenue, Ô Palestinien. »

 

Cette insistance populaire ne manque pas l'essence de la vérité. Quand l'art est sincère envers une cause, il devient une identité qui transcende la géographie. Et lorsqu'on parle de l'expérience de Marcel Khalife, il faut également mentionner Mahmoud Darwish, la présence imposante de « In the Presence of Absence », dans toute la beauté de leur parcours commun.

 

Le duo Marcel Khalife et Mahmoud Darwish a formé un repère déterminant dans notre conscience collective, élevant la parole de l'obscurité de la réalité vers un horizon plus vaste où poésie et musique se mêlent pour créer un impact qui va au-delà de tout discours politique direct.

 

Leurs chansons sont devenues des stations de mémoire, des refuges pour l'âme, et une mobilisation douce non moins puissante que tout appel traditionnel à l'action. On se souvient de la chanson « O Sister » sur mon pays. Des dizaines de milliers de personnes chantent ensemble dans l'épopée « Ahmad al-Arabi », cherchant les mains de pierre et le thym, pour cet hymne d'Ahmad perdu entre deux papillons, pour les nuages qui nous ont exilés, pour les montagnes qui ont retiré leurs manteaux et nous ont abrités. Et la terre se tait quand il murmure : « Je languis du pain de ma mère. »

 

Ainsi, l'espoir reste vivant que l'œuvre « Mural » verra un jour le jour, ce projet créé par Marcel Khalife, dont il a parlé lors de notre dernière rencontre avec une belle passion, inspiré par le poème « Mural » de Mahmoud Darwish. Ce poème, étendu en un volume complet, confronte les questions de l'existence et de la non-existence, lutte contre la maladie et la mort, et ouvre grand les portes de la contemplation.

 

« Mural » est considéré comme l'une des œuvres les plus importantes de Darwish, même un poème phare dans une expérience poétique qui a atteint son apogée. L'engagement musical de Khalife avec lui est une extension naturelle d'un parcours qui a uni l'art et l'idée dans une forme rare.

 

J'espère voir cette œuvre présentée publiquement dans la grandeur qu'elle mérite.

 

Appartenir à la Palestine dépasse l'identité nationale, devenant une croyance profonde dans la justice elle-même. Pour nous, cette génération a vécu des moments inoubliables le long de ce chemin, du Yémen au Liban, d'Oman à l'Égypte, de la Tunisie au Maroc, où la Palestine est restée un horizon ouvert de sens.

 

C'est le chant d'une vie, un chant qui n'a pas encore été écrit comme il le devrait, peu importe combien il a été écrit pour elle ou à son sujet. Un chant et une révolution qui donnent à ses adeptes plus qu'ils ne prennent d'eux et restent, malgré tout, un refuge pour l'âme lorsque la terre devient trop étroite.

 

Ambassadeur du Yémen au Maroc

 

Avertissement : Les opinions exprimées par les auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar