Trump et l'image de paix au Liban : enjeux diplomatiques

Opinion 07-05-2026 | 12:29

Trump et l'image de paix au Liban : enjeux diplomatiques

La médiation américaine dans les tensions Beyrouth-Tel Aviv soulève des questions sur l'efficacité des avancées symboliques face à la nécessité d'une paix réelle.
Trump et l'image de paix au Liban : enjeux diplomatiques
De la fumée s’élève après des frappes israéliennes sur la ville de Meifodoun, dans le sud du Liban.
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Nous ne risquerons pas de spéculer sur les raisons qui ont mené le Président des États-Unis à découvrir le dossier libanais, à le dépoussiérer et à le placer au premier plan de ce qui s’accumule sur son bureau.

Les murmures d’ici, les conseils de là, et les recommandations d’un gendre qui a épousé sa fille là-bas peuvent tous être derrière l’alerte de Donald Trump, non seulement quant à l’importance nouvelle de la question libanaise, mais aussi à l’émergence d’une opportunité à saisir, à l’image des grands investisseurs qui se précipitent sur une proie dont ils connaissaient les secrets bien avant les autres.

Trump a établi, dans son style caractéristiquement abrupt et imprévisible, une feuille de route reliant le domaine de l’investissement à la récolte de ses fruits. Il a reçu des préoccupations d’alliés arabes au sujet des conséquences de ce que fait la machine de guerre israélienne à Beyrouth, ainsi que sur le fait que Tel Aviv et Washington semblent ignorer la rare transformation historique que le Liban a officiellement engagée pour mettre fin à la guerre.

Le Président Joseph Aoun a présenté, lors d’une réunion européenne, une initiative proposant de manière marquée des négociations directes avec Israël, passant du niveau technique au niveau politique. Le Premier ministre israélien a ignoré la proposition en dépit d'un silence américain que le Liban et les Européens ont peiné à comprendre.

Nous connaissons la suite de l’histoire. Le président américain a résolu deux questions lors d’un appel avec Netanyahu : l’arrêt des bombardements de Beyrouth et la réponse à l’initiative d’Aoun.

Mais Trump, en raison de sa personnalité, a rapidement incité les ambassadeurs des deux parties à se réunir à sa table à Washington - d'abord au Département d'État, puis à la Maison Blanche - les incitant généreusement à organiser une rencontre entre Aoun et Netanyahu.

Son discours disait : brûlons les étapes et imposons une paix, fragile de la même manière que les revendications de paix qu'il avait autrefois vantées, prétendant avoir arrêté huit guerres, avant d'enflammer une neuvième contre l'Iran, toujours aux prises pour en sortir.

Trump se hâte de produire une image le réunissant avec Aoun et Netanyahu. Peu importe ce qu'elle véhicule, ni l'issue de la réunion. Ce qui compte, c'est l'image elle-même, qui s'ajoutera au dossier de la paix au Moyen-Orient, un dossier qui a stagné depuis le « Déluge d'Al-Aqsa » et qui ne produit plus d’images de paix.

Il se précipite pour mettre en scène une image sans un son d'accompagnement qui pourrait lui fournir les solides garanties nécessaires pour créer un environnement favorable à une paix digne de cette image. Le paradoxe rappelle le film de Youssef Chahine de 2001 « Silence, on tourne », dont l'histoire capturait le conflit entre la réalité et l'illusion.

Et parce que ce n'est qu'une image que le président libanais ne juge ni opportune ni bénéfique, l'envoyé du président américain au Liban ne tarde pas à présenter la question comme une image indigne de tout le débat passionné dans le pays. Son ton suggère : quel mal y a-t-il à prendre une photo avec le « croquemitaine » s’il ne s’agit que d’une image ?

Pendant ce temps, le président libanais - soutenu par des pouvoirs constitutionnels, une majorité au sein du gouvernement et du parlement, et un large spectre politique favorable à l'avancement des négociations directes pour parvenir à la paix et stopper la destruction - voit dans l’idée de cette image quelque chose qui agite dans le pays les moulins des « dénigreurs », qui l'interprètent comme un péché et une erreur, du Secrétaire général du Parti d'Iran aux tribunes de ce qui reste de ses partisans.

Des dizaines d'ambassadeurs américains, d'envoyés et de hauts diplomates ont traité avec le Liban. Beaucoup ont fait preuve de perspicacité, de compréhension et de conscience des complexités et de l'unicité du pays, tandis que certains ont montré une tendance à la simplification, à la superficialité et à la facilité.

Bien que la plupart soient connus pour leur soutien et leur alignement avec Israël, il ne viendrait jamais à l'esprit des plus professionnels d'entre eux de sous-estimer les conflits les plus profonds, les plus enracinés et les plus complexes du Liban, ou de les réduire à une séance photo à la Maison Blanche en présence du président américain, présentée comme une ouverture des négociations plutôt qu’un résultat d'accord préalable.

Le président Aoun a refusé de prendre l'appel de Netanyahu, tout en annonçant que le calendrier de la rencontre proposée par Trump entre eux est « inopportun. » Il a bien fait de mettre des points décisifs sur des lettres ambiguës, non seulement à l'égard d'une opposition qui rejette le fait de lier le Liban aux négociations en cours avec l'Iran et de se soumettre à des pressions qui changent au gré des humeurs de l’étranger, mais parce que l'histoire a des origines et un timing qui ne doivent pas brûler ses chapitres à la disposition d'un besoin d'une image de victoire dans laquelle il n'y a pas de victoire pour le Liban.

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