L'équilibre fragile du Liban face aux signaux du Hezbollah, à la paralysie de l'État et à l'augmentation des enjeux externes.

Opinion 05-05-2026 | 11:56

L'équilibre fragile du Liban face aux signaux du Hezbollah, à la paralysie de l'État et à l'augmentation des enjeux externes.

L'autorité du Liban est mise à l'épreuve face à des manifestations et des signaux américains changeants dans un contexte de tensions croissantes.
L'équilibre fragile du Liban face aux signaux du Hezbollah, à la paralysie de l'État et à l'augmentation des enjeux externes.
Deux chars israéliens passent devant des maisons détruites par les forces israéliennes dans le sud du Liban (AFP)
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Beaucoup ont compris que les tirs nourris, qu'ils proviennent d'armes légères ou de RPG, dans la banlieue sud de Beyrouth pendant les funérailles de quatre combattants du Hezbollah, étaient fondamentalement un message d'abord aux autorités libanaises et ensuite aux États-Unis.

C'est la deuxième fois que le Hezbollah utilise des tirs nourris pour marquer un événement important pour eux. La première fois c'était lors de l'annonce d'un cessez-le-feu par le Département d'État américain.

Auparavant, le parti niait toute connexion avec ces actions, qui avaient entraîné des morts, des blessés et une peur généralisée. Cependant, dimanche dernier, des images de combattants masqués du Hezbollah ont clairement signifié une pleine reconnaissance de cette opération, que l'armée libanaise a ensuite tenté d'arrêter. Mais lorsqu'ils ont commencé les raids contre les suspects connus, ils n'ont trouvé personne à arrêter, car tout le monde avait disparu.

Incident de sécurité ou événement politique ?

Cet incident de sécurité a été traité comme un événement politique. Les autorités libanaises, qui se préparent à Washington pour des négociations directes avec Israël et dont le Président, Joseph Aoun, devrait rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu sous les auspices du Président américain Donald Trump, semblaient incapables de mettre en œuvre même leurs résolutions les plus modestes, comme interdire les tirs de joie et appliquer des mesures légales plus strictes contre les contrevenants.

L'événement politique est complété par le Hezbollah envoyant un message à tous les concernés qu'une autorité incapable de contrôler les tirs de joie dans les airs échouera également à désarmer la capitale ou à appliquer toutes les décisions du cabinet criminalisant les armes du parti. Par conséquent, il n'y a aucun intérêt à négocier avec eux, car ils ressemblent à une autorité construisant des châteaux de sable.

L'État et le plan du Hezbollah

Les sources bien informées sur la question indiquent que les autorités libanaises font face à des exigences difficiles pour éliminer des conséquences significatives. Par exemple, le 2 mars, elles n'ont appelé l'armée à se déplacer immédiatement pour désarmer le Hezbollah que parce qu'elles étaient sous pression pour le faire. Elles faisaient face au retrait de toute légitimité des armes du parti, ce qui a rouvert le front libano-israélien à la demande de l'Iran pour empêcher Israël de cibler les infrastructures libanaises.

Les autorités libanaises, pleinement conscientes du manque de préparation de l'armée, ont préféré apparaître incompétentes plutôt que d'être vues comme colludant avec le parti.

Cependant, le Hezbollah, fidèle à ses habitudes, n'a pas apprécié la manœuvre des autorités ou la non-conformité de l'armée; au contraire, il a approfondi la crise. Les tirs d'armes dimanche dernier, malgré la présence de l'armée libanaise, ont impliqué l'institution militaire, la présentant comme étant en coordination continue avec un parti dont les armes manquent de légitimité et justifient l'arrestation de quiconque les possédant n'importe où au Liban.

Il est évident de tous les développements rapides depuis le 2 mars que le Hezbollah cherche à imposer ses termes au Liban et n'est plus concerné par une escalade américaine.

De son point de vue, l'objectif est de dépeindre les autorités libanaises comme incompétentes par tous les moyens, tout en se présentant, en alignement avec l'Iran, comme le décideur, équipé d'armes et capable d'imposer ses propres normes.

Le Hezbollah croit posséder trois forces : sa capacité à supporter des pertes, peu importe leur ampleur; sa volonté de s'engager dans des confrontations prolongées; et sa conscience de l'impréparation des autorités à une confrontation sur le terrain.

Le plus grand défi pour les autorités libanaises

Face à l'exploitation par le Hezbollah de ces forces, que peuvent offrir les autorités ?

En réalité, elles ne possèdent rien de convaincant. L'administration américaine les pousse à prendre des positions contraires aux intérêts du Hezbollah, favorisant une culture de confrontation, y compris la rencontre Aoun-Netanyahu dans ce contexte. De plus, elle exhorte l'armée libanaise à démontrer son intention de confronter le Hezbollah à travers un engagement, même minime.

Si les choses restent bloquées dans une situation qui présente le parti comme capable et les autorités comme incapables, la question qui se pose est l'alternative à laquelle Washington pourrait recourir pour aborder le dossier complexe du Liban, particulièrement au milieu de suggestions indiquant une suppression potentielle de toutes les lignes rouges précédemment tracées pour Israël au Liban en même temps.

Disclaimer: Les opinions exprimées par les auteurs leur appartiennent et ne reflètent pas nécessairement les vues de Annahar.