Le Hezbollah conteste les signaux américains sur le désarmement alors que Washington pousse un accord Liban–Israël
Encore une fois, l'ancien envoyé de Washington à Beyrouth et ambassadeur à Ankara, Tom Barrack, a élargi le cercle de la spéculation et de l'interprétation après avoir récemment fait une déclaration controversée suggérant qu'il existe des obstacles empêchant le Hezbollah de se voir contraint, pour l'instant, à remettre ses armes en application des décisions du gouvernement.
Les observateurs ne voient pas cela comme un lapsus de la part du diplomate américain, d'autant plus que lors de ses visites répétées à Beyrouth après l'accord du 27 novembre de l'année précédente, il a réitéré la même position trois fois dans plus d'une capitale et à différentes occasions, y compris lors de sa visite dans la capitale libanaise en tant qu'envoyé de son administration. Chaque fois, sa position est apparue comme un mot décisif lors de périodes d'intense tension politique interne et externe concernant l'avenir des armes du parti, d'autant plus que la question est devenue urgente, très sensible et complexe, avec des implications significatives tant sur le plan national que régional.
Il devient donc légitime de se demander ce qui a poussé Barrack à faire sa déclaration à ce moment précis, surtout que les tensions et les actes de violence se poursuivent dans la zone frontalière et que des négociations directes entre le Liban et Israël, sous le parrainage direct de l'Amérique, sont en cours. Ses remarques ont été faites précisément à la veille de la seconde ronde, que Washington a insisté pour qu'elle se tienne à la Maison-Blanche en présence de Donald Trump, dans un effort pour en rehausser l'importance et amplifier les enjeux qui y sont attachés.
Il ne fait aucun doute qu'une déclaration de ce type, venant d'un haut diplomate américain, est censée rassurer le Hezbollah et renforcer sa rhétorique ancienne et bien connue concernant ses armes, basée sur l'argument qu'aucun équilibre de pouvoir interne ne peut le forcer à une telle démarche. Néanmoins, selon des sources proches du parti, celui-ci examine attentivement les remarques de Barrack, cherchant entre les lignes leurs implications et motivations sous-jacentes.
Le Hezbollah est bien conscient que le côté américain s'oppose fondamentalement à ses armes et à son rôle dit de résistance, et il comprend que Washington prône le désarmement et la fin de tout tel rôle le plus tôt possible. Il était donc naturel que le parti voie d'un oeil méfiant une déclaration américaine suggérant que le désarmement n'est pas une tâche facile et que presser sur ce point pourrait injecter un facteur d'instabilité sur la scène intérieure du Liban, surtout à ce stade particulier.
Bien qu'une telle position puisse plaire au parti et renforcer sa confiance en lui-même et dans sa position bien connue de rejet de la reddition ou du transfert volontaire de ses armes à l'État, d'autant plus que les Égyptiens avaient auparavant essayé de promouvoir une proposition largement centrée sur la garantie d'un gel des armes et la limitation de leur usage, le parti soumet toutefois ce nouveau message américain à un examen sous deux angles.
Premièrement, un acteur américain pragmatique peut facilement revenir sur une position exprimée à un moment et stade donné, et jouit de la liberté de manœuvrer pour aller vers des compréhensions plus profondes dès qu'une opportunité se présente.
Deuxièmement, en ce sens, le parti ne peut exclure que la déclaration de Barrack soit une assurance temporaire destinée à ceux qui ont besoin d'assurance, avec l'objectif de faciliter un traité de paix et un accord de règlement entre le Liban et Israël, qui est l'objectif déclaré que Washington poursuit. Cela survient particulièrement après avoir réussi à préparer le terrain et à poser la table pour des négociations directes entre le Liban et Israël, auxquelles le président américain Donald Trump mise qu'elles culmineront par une rencontre rassemblant le président libanais Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Ensuite, la question des armes deviendrait uniquement une affaire interne libanaise, finalement dénuée d'efficacité et de rôle, d'autant plus que le gouvernement libanais a déjà interdit toute activité militaire du parti et pourrait alors le traiter comme agissant en dehors des limites de l'ordre public.
En conséquence, alors que le parti examine sérieusement le contexte de la position américaine à ce moment, il surveille de près le mouvement officiel interne basé sur l'idée que l'heure est favorable pour retirer le Liban du cercle des conflits avec Israël, et il fera tout son possible pour s'assurer que cette opportunité ne soit pas manquée.
En somme, le parti ne semble pas être dans une position complaisante ou rassurée concernant les déclarations américaines sur ses armes. Au contraire, il façonne sa direction et ses actions sur une base différente, tout en reprenant en même temps son opposition aux négociations directes d'une part, et en lançant un défi aux autorités, qu'il considère incapables de défendre le pays contre les violations israéliennes, d'autre part.
En bref, le côté américain peut avoir plus d'un motif pour faire de telles remarques par l'intermédiaire de Barrack, et en même temps le parti a plus d'une raison de se méfier des intentions sous-jacentes derrière celles-ci, selon la même source.