Quand les examens se heurtent à l’instabilité : repenser l’équité éducative en période de crise

Liban 24-04-2026 | 15:17

Quand les examens se heurtent à l’instabilité : repenser l’équité éducative en période de crise

Dans un pays marqué par le déplacement, l’insécurité et des réalités inégales, enseignants et experts questionnent si les examens traditionnels reflètent encore une véritable justice académique ou si l’équité éducative doit être redéfinie.
Quand les examens se heurtent à l’instabilité : repenser l’équité éducative en période de crise
La ministre de l'Éducation Rima Karami lors d'une visite des centres d'examen officiels dans le nord du Liban l'année dernière (photo d'archives).
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Dans les salles de classe, tout le monde n'est pas à la même distance de la peur. Certains viennent de foyers encore debout mais alourdis par l'anxiété des nouvelles quotidiennes, tandis que d'autres portent les souvenirs du déplacement, de la perte ou de la destruction. Tous tentent de s'adapter à une réalité éducative supposée normale dans un contexte entièrement anormal.

 

Parmi les étudiants vivant dans des zones relativement sûres et d'autres dispersés entre les centres de déplacement ou dans des villes dangereuses ou relativement sûres, cette pression double face à une nouvelle question qui s'impose au débat éducatif et national : Les étudiants sont-ils aujourd'hui vraiment qualifiés pour passer les examens officiels en pleine tourmente psychologique et instabilité ? Ou bien la justice éducative elle-même doit-elle être reconsidérée, en prenant en compte les différentes circonstances des étudiants, et non seulement leurs performances académiques ?

 

Au cœur de ce tableau, les aspects psychologiques deviennent essentiels pour comprendre la réalité éducative, et non pas un détail secondaire. Caroline Cordahi Tabet, psychologue pour enfants et adolescents à l'hôpital Saint-Georges, pense que la discussion ne devrait pas se limiter à savoir s'il faut ou non organiser des examens officiels. Au contraire, elle devrait s'étendre à une question plus profonde liée à la disponibilité des conditions pour une justice éducative et des opportunités égales pour tous les étudiants.

 

 

Des conditions inéquitables

 

 

Cordahi explique que de larges segments d'élèves ont été directement affectés par le déplacement, l'instabilité sécuritaire, la rupture éducative ou vivent dans des abris au sein d'écoles publiques. Ces faits soulèvent une question légitime sur la véritable préparation de ces élèves à passer des examens nationaux unifiés dans des conditions inéquitables.

 

Elle souligne que la préparation aux examens officiels suppose fondamentalement un apprentissage cohérent tout au long de l'année, un environnement permettant une révision et une concentration, un accès équitable à l'éducation et au matériel d'étude, en plus d'un minimum de stabilité psychologique et de vie.

 

Lorsque ces conditions sont absentes pour une partie des étudiants, l'égalité dans les examens devient formelle et ne reflète pas nécessairement une véritable justice.

 

 

Students during official exams (Agencies)
Students during official exams (Agencies)

 

 

Comment aider les étudiants ?

 

Entre une trêve fragile et une réalité imposant des échéances d'examens, les étudiants subissent des pressions psychologiques cumulatives et des batailles silencieuses en eux-mêmes, à un âge où la personnalité, les rêves et l'identité sont encore en formation. Dans ce contexte, la question se pose : Qu'est-ce qui peut aider les étudiants à surmonter cette pression ?

 

Cordahi fournit un ensemble de directives pratiques, notamment en se concentrant sur les priorités des matières, en organisant l'étude en périodes courtes et régulières, en s'appuyant sur la résolution de modèles et de questions précédents, ainsi qu'en encourageant la collaboration entre collègues et l'échange de soutien académique.

 

Elle souligne également l'importance de suivre les décisions du ministère de l'Éducation à partir de sources officielles et de demander l'aide des enseignants lorsqu'on est confronté à des difficultés académiques ou psychologiques.

 

À un niveau de politique plus large, Cordahi appelle à aborder cette situation avec une perspective exceptionnelle, basée sur la réévaluation de la forme et des conditions des examens, compte tenu de la disparité significative parmi les étudiants.

 

 

"Mesures exceptionnelles"

 

 

Elle propose d'adopter des mesures flexibles et exceptionnelles, telles que la modification de certains contenus, la révision des dates si nécessaire, ou la mise en place d'aménagements spéciaux pour les étudiants concernés, en plus d'explorer des solutions alternatives qui assurent un équilibre entre le maintien des normes académiques et la réalisation de la justice.

 

Elle insiste également sur la transition du principe d'égalité formelle vers une véritable justice, car on ne peut pas traiter de manière similaire un étudiant vivant dans un environnement stable et un autre confronté au déplacement ou aux menaces sécuritaires.

 

Cordahi souligne également la nécessité d'intégrer la dimension psychologique dans les décisions éducatives, étant donné l'impact des pressions résultant des conflits sur la concentration, la mémoire et les performances aux examens.

 

Cordahi conclut en disant que le problème dans le contexte libanais ne se limite pas à savoir s'il faut passer les examens ou pas. Il s'agit plutôt de s'assurer que ces examens ne deviennent pas un outil pour approfondir les écarts existants parmi les étudiants mais plutôt un moyen de garantir l'équité.

 

Cela place les organismes officiels devant la responsabilité de prendre des décisions qui prennent en compte la justice, la réalité humaine et le droit des étudiants à une évaluation équitable.