La visite papale en Algérie marque un nouveau chapitre de mémoire, de foi et de soft power

Opinion 22-04-2026 | 15:29

La visite papale en Algérie marque un nouveau chapitre de mémoire, de foi et de soft power

De l'héritage de Saint Augustin à la diplomatie moderne, le premier voyage de Léo XIV en Algérie a réimaginé la religion comme un pont entre les histoires, défié les anciens échos coloniaux et testé les limites de la foi dans un moment politiquement chargé.
La visite papale en Algérie marque un nouveau chapitre de mémoire, de foi et de soft power
Le pape Léon XIV sur les marches de l’avion quittant l’Algérie. (AFP)
Smaller Bigger

 

La visite de Léo XIV en Algérie ces derniers jours a porté de nombreux messages de diverses parties. Notamment, l'Algérie a transmis—tout autant intérieurement qu'internationalement—un message clair et confiant selon lequel le christianisme fait partie intégrante de sa longue histoire.

 

Les autorités algériennes ont tenu à souligner la visite papale, surtout après qu'il a réaffirmé lors de son intronisation l'année dernière son lien étroit avec l'héritage de Saint Augustin, l'un des pères de l'Église catholique, né à Souk Ahras, en Algérie.

 

La visite—la première d'un pontife dans le pays—offrit à l'Algérie l'opportunité de projeter une nouvelle image, distincte des perceptions d'isolement et de la vision selon laquelle ses autorités ne s'intéresseraient qu'au pétrole et au gaz.

 

L'Algérie semblait chercher à suivre l'exemple d'autres pays de la région qui ont compris depuis des années que la dépendance quasi-totale aux revenus pétroliers n'assure pas un développement durable et les confine à une image stéréotypée étouffante.

 

Ainsi, il était compréhensible que certains en Algérie aient vu la visite papale comme une initiative importante pour renforcer le soft power du pays et une étape tangible vers l'embrasement des diverses composantes de l'histoire algérienne, dans un cadre de réconciliation avec soi-même et de création de ponts avec les autres.

 

 

Fantômes du passé 

 

Dans ce contexte, l'Algérie a cherché à se distancer du spectre de l'extrémisme religieux qui a longtemps marqué son image, même si la visite papale—qui comprenait un hommage à dix-neuf moines et religieuses tués par des extrémistes dans les années 1990—ravivait ce souvenir.

 

De plus, des terroristes plaçaient de grands espoirs dans l'exécution d'une attaque suicide non loin de la capitale pour remettre en question le succès des autorités à rétablir la sécurité et la stabilité du pays depuis la fin de la guerre civile. Cependant, ces espoirs ont été contrecarrés, l'attentat ayant échoué à la fois dans la pratique et dans son impact médiatique.

 

La visite a été également assombrie par des tensions avec la France, alors que la rencontre du président français avec le pape à la veille de son voyage dans la capitale algérienne a suscité des préoccupations selon lesquelles Emmanuel Macron pourrait exhorter Léo XIV à intervenir pour la libération du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie pour des accusations de collusion avec un groupe séparatiste.

 

Le pape n'est pas intervenu dans une affaire aussi sensible, qui aurait pu sérieusement perturber la visite pour les autorités algériennes. Au lieu de cela, il semblait conscient du lourd fardeau que l'Église catholique porte en raison de son association passée avec l'histoire coloniale française en Algérie. Léo XIV a même rendu hommage aux martyrs de la guerre de libération algérienne et a choisi de s'adresser aux Algériens en anglais plutôt qu'en français—un geste reçu avec soulagement en Algérie.

 

Cela n'a pas pleinement satisfait la droite française, qui, par le biais de ses médias alignés, a continué à critiquer la situation de la minorité chrétienne en Algérie, notamment en ce qui concerne leur « droit de prosélytisme »—une question controversée que l'Église catholique en Algérie a abordée avec une grande prudence.

 

Certains commentaires de la presse française n'étaient pas sans allusions à la nostalgie de l'ère coloniale, lorsque le nombre de chrétiens en Algérie atteignait des centaines de milliers.

 

 

Les messages du Pape 

 

Le pape a également véhiculé d'autres messages. Lors de sa seconde visite dans un pays arabe et de sa troisième dans un pays à majorité musulmane, il a cherché à souligner l'appel à la paix et à la coexistence entre les religions, ainsi qu'à s'opposer à la guerre, en particulier à la lumière du conflit en cours entre les États-Unis et l'Iran dans le Golfe.

 

Le pape s'est appuyé sur les idées de Saint Augustin dans son rejet de la guerre, affirmant que les « normes augustiniennes » excluent la guerre sauf en cas de réponse à une agression ou de défense des faibles. En défi des positions des évangéliques américains, il a déclaré avant son arrivée en Algérie que « Dieu rejette la guerre... et personne ne peut utiliser Dieu pour la justifier ».

 

La position du pape a irrité le président américain Donald Trump, qui s'est engagé avec Léo XIV dans un échange verbal houleux. Cependant, la position du chef de l'Église catholique a finalement démontré que la religion, quelle qu'elle soit, joue un rôle important dans la construction de ponts entre les peuples et l'extinction des flammes du conflit et de l'animosité, même lorsque des extrémistes tentent de les raviver.

 

 

Avertissement : Les opinions exprimées par les écrivains leur appartiennent et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.