Le Liban entre guerre et négociation : Le canal émergent négocié par les États-Unis avec Israël
La décision du président libanais Joseph Aoun d’entrer en négociations directes avec Israël sous l’égide de Washington marque une étape significative vers la séparation de l'État du micro-État.
La communication directe entre le président américain Donald Trump et le président Aoun a intensifié les choses pour « Hezbollah », car cette médiation — qui a conduit à un accord de cessez-le-feu — intervient au moment où les États-Unis mènent une guerre féroce en alliance avec Israël contre l'Iran. « Hezbollah » a ouvert le front libanais en représailles à l’assassinat par l’Amérique du guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei, et en soutien au régime iranien dans une guerre fatidique.
Une étape importante
La claire détermination du président Joseph Aoun à détacher le dossier libanais de l'Iran, avec le soutien de Washington et d'autres partenaires tels que l'Arabie saoudite, est perçue comme une étape importante pour retirer cette carte des mains de Téhéran et ainsi séparer le micro-État du « Hezbollah » de l'entité qui a créé et soutenu sa croissance et son endurance pendant plus de quatre décennies.
Les actions du président Aoun pourraient devenir des étapes significatives vers l’amélioration des relations avec Israël, motivées par une pression considérable et des attentes de la part du président Trump. Cela élargirait encore le fossé entre l'État libanais et le micro-État du « Hezbollah », car l'État est la bouée de sauvetage du parti, lui fournissant une couverture politique, des canaux légitimes avec le monde, et un accès aux infrastructures économiques et civiles, permettant à sa machinerie médiatique et soutenant ses institutions sociales, financières et même militaires.
Le parti considère ses armes comme le fondement de son existence, car elles lui permettent de jouer le rôle qu'il a monopolisé depuis les années 1990, à savoir la « résistance ». Les guerres de soutien menées par le « Hezbollah » pour Gaza et l’Iran ont retiré le masque de la « résistance » et révélé son vrai visage aux forces politiques et au peuple libanais, comme une force liée organiquement à la Garde révolutionnaire iranienne et loyale uniquement au régime iranien, même au détriment des intérêts et de la souveraineté du Liban.
Une guerre existentielle
Les positions des dirigeants du « Hezbollah » suggèrent qu'ils se voient aujourd'hui en lutte existentielle avec le président de la République et le Premier ministre, certains appelant à renverser le gouvernement. Ils considèrent le président Aoun, le gouvernement et son chef comme complices et alignés avec les États-Unis, contribuant à saper les capacités de l'Iran dans la région. Par conséquent, l'appareil médiatique du parti mobilise ses partisans de la communauté chiite, les incitant contre l'État libanais.
La majorité des partisans du Hezbollah s'appuient sur les médias affiliés au parti comme source principale d'information, ajoutant une dimension religieuse à ses actions, car il exécute les ordres du guide suprême — l'autorité religieuse la plus élevée — qui détient le titre de vice-roi du Mahdi. Par conséquent, ce que dit et ordonne le parti ne peut être remis en question. Les dirigeants du parti se préparent pour d'importantes mobilisations de rues visant à renverser le gouvernement à la première occasion.
Les médias du Hezbollah accusent le gouvernement des attaques israéliennes qui ont conduit à des déplacements et à la destruction de villages. Ils affirment que sans cette arme, Israël aurait occupé tout le Liban, et que c'est ce qui assure leur survie. Le Hezbollah utilisera tous les outils à sa disposition pour se protéger, y compris les forces et cellules qu'il possède au sein des institutions étatiques civiles et militaires.
L'État libanais doit prendre très au sérieux les menaces et actions du parti et ne doit écarter aucune voie d'action, même si elle met en péril la paix civile. Cela sert les intérêts de l'Iran, car la priorité de Téhéran est de s'assurer que le Liban ne développe pas un gouvernement central fort capable de protéger la souveraineté de l'État ou de mettre fin aux armes illégales et au « micro-État ». De plus, l'Iran cherche à garder le Hezbollah et ses armes comme un front avancé sur les frontières d'Israël dans le cadre de sa stratégie défensive. Par conséquent, il n'acceptera jamais que le Liban signe un accord de paix avec Israël.
Le parti a appelé ses partisans à retourner du sud à Beyrouth, un geste qui suggère qu'il ne compte pas trop sur l'accord de cessez-le-feu conclu par le président de la République, et que la décision de guerre et de paix reste entre ses mains. Il cherche à s'assurer que le régime reçoive le crédit pour tout accord de trêve qui apporterait des gains à l'Iran. Si les négociations entre Téhéran et Washington échouaient, il y a une possibilité significative que le parti rouvre le front sud en soutien à l'Iran.
Cela placerait le président Aoun dans une position extrêmement embarrassante avec le président Trump, qui pourrait à nouveau permettre à Israël d'agir contre « Hezbollah ». Cela pourrait conduire Israël à occuper des territoires supplémentaires, à détruire davantage de villes et à étendre la ceinture de sécurité. La ceinture de sécurité pourrait se transformer en une occupation à long terme en l'absence d'un canal de négociation solide, comme celui que le président Trump pourrait proposer aujourd'hui.
Le micro-État aujourd'hui représente une menace existentielle pour l'État, et il doit s'en libérer.
Avertissement : Les opinions des auteurs sont les leurs et ne représentent pas nécessairement les vues de Annahar.