La direction saoudienne prend très au sérieux les négociations en cours entre les États-Unis et l'Iran, négociées par le Pakistan, bien qu'elle n'y participe pas directement. Cependant, ne pas avoir de siège à la table de négociation ne signifie pas que l'Arabie saoudite est exclue, car ses intérêts nationaux et sa sécurité nationale restent centraux dans les calculs des parties négociantes et du médiateur pakistanais.
Cela se reflète dans les communications continues entre Riyad, Washington, Téhéran et Islamabad, car toutes les parties reconnaissent le rôle central actuel et futur de Riyad dans tout règlement et arrangement régional visant à mettre fin au conflit et à ouvrir la voie à des ententes durables, solides et viables.
Les priorités de Riyad
La diplomatie saoudienne poursuit plusieurs voies parallèles. La première est de stabiliser la trêve entre les États-Unis et l'Iran pour éviter un retour à la guerre et s'assurer que les hostilités iraniennes contre le Royaume et les pays du CCG ne reprennent pas. La seconde est de soutenir les efforts de médiation du Pakistan, fondés sur la confiance politique et stratégique existante entre Riyad et Islamabad. La troisième consiste à œuvrer pour la réouverture rapide et permanente du détroit d'Ormuz, garantissant la sécurité de la navigation, la reprise des exportations de pétrole et de gaz, et le flux fluide du commerce à travers les ports du Golfe.
Il est également important de noter un problème significatif qui a attiré l'attention du Royaume et auquel il a participé discrètement : le cessez-le-feu au Liban. Cela inclut le soutien aux efforts de l'État libanais pour assurer la stabilité et le contrôle de son territoire, sécuriser le retrait des forces d'occupation israéliennes, faciliter le retour des réfugiés, initier la reconstruction et s'assurer que les armes restent sous l'autorité de l'armée et des institutions étatiques.
La vision saoudienne ne se limite pas à la gestion du moment présent, mais s'étend au-delà. Riyad comprend que la sécurité régionale durable ne peut être atteinte sans une compréhension claire et sérieuse avec l'Iran qui aborde les problèmes les plus pressants, chief parmi ceux-ci les attaques armées, les cellules dormantes, les milices affiliées à Téhéran, et la sécurité de la navigation dans le golfe Persique. Ce sont des questions où l'apaisement verbal et les assurances diplomatiques sont insuffisantes ; elles nécessitent une feuille de route claire, des engagements explicites de l'Iran et des garanties tangibles et vérifiables.
Soutenir les efforts du Pakistan
Dans ce contexte, la rencontre entre le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane et le Premier ministre pakistanais Shahbaz Sharif à Djeddah le 15 avril a souligné l'importance de poursuivre les efforts diplomatiques pour rétablir la stabilité dans la région. La rencontre a également revêtu une signification politique claire, reflétant le soutien direct de l'Arabie saoudite à la médiation pakistanaise, tandis que les canaux de coordination régionale étaient également actifs grâce à la réunion consultative quadrilatérale à Islamabad, avec la participation de l'Arabie saoudite, du Pakistan, de l'Égypte et de la Turquie.
Concurremment, la visite du chef de l'armée pakistanaise, le général Asim Munir, à Téhéran et ses rencontres avec des hauts responsables iraniens indiquent qu'une piste politique est en train de se construire. Ces efforts ne visent pas seulement à stabiliser un cessez-le-feu temporaire mais aussi à jeter les bases de nouvelles négociations qui pourraient conduire à un accord plus large, malgré les signaux contradictoires envoyés par Washington et Téhéran, qui sont utilisés dans la guerre médiatique entre les deux parties.
De ce point de vue, l'Arabie saoudite ne considère pas la trêve comme une fin en soi, mais plutôt comme une opportunité de construire des compréhensions plus solides qui empêcheraient la récurrence de la guerre dans les années à venir. En conséquence, dans une déclaration publiée par le ministère des Affaires étrangères, elle a souligné la nécessité d'efforts diplomatiques pour aborder toutes les questions qui ont sapé la sécurité de la région pendant des décennies.
Le problème fondamental est lié à ces dossiers sécuritaires et politiques entrelacés et complexes. Ainsi, le succès de cette voie dépend largement de la capacité de l'Iran à reconstruire la confiance avec ses voisins et à démontrer sa bonne volonté par des actions plutôt que par des paroles, ainsi que des résultats de ses négociations avec les États-Unis.