La vision de paix en quatre points de Xi Jinping : comment la Chine réécrit les règles de la sécurité au Moyen-Orient

Opinion 16-04-2026 | 12:11

La vision de paix en quatre points de Xi Jinping : comment la Chine réécrit les règles de la sécurité au Moyen-Orient

Le rôle évolutif de la Chine au Moyen-Orient et la vision en quatre points de Xi Jinping marquent un passage de la gestion de crise à une diplomatie de refonte des règles.
La vision de paix en quatre points de Xi Jinping : comment la Chine réécrit les règles de la sécurité au Moyen-Orient
Président chinois Xi Jinping (AFP)
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Par Waref Kumayha

 

 

Dans un contexte régional marqué par une fluidité stratégique sans précédent — où les lignes de feu se croisent avec les voies de négociation et où les fronts s'étendent du détroit d'Ormuz à la mer Rouge — la proposition du président chinois Xi Jinping offrait une approche différente, cherchant non seulement à interpréter la crise mais à redéfinir les règles pour la gérer.

 

Lors de sa rencontre à Pékin avec le prince héritier d'Abu Dhabi Cheikh Khaled bin Mohammed bin Zayed, Xi n'a pas simplement réitéré des positions traditionnelles, mais a plutôt proposé une vision globale en quatre points pour sauvegarder et renforcer la paix et la stabilité au Moyen-Orient à un moment exceptionnellement sensible, donnant à l'initiative une signification qui va au-delà de son cadre théorique jusqu'à ses implications politiques plus profondes.

 

Cette vision ne doit pas être vue comme une position diplomatique transitoire, mais comme faisant partie d'un repositionnement chinois plus large dans la région — déplaçant l'accent de la "gestion de crise" à la "réingénierie de l'environnement de sécurité."

 

Le premier de ces piliers est l'adhésion au principe de coexistence pacifique — non comme un slogan éthique, mais comme une réalité géopolitique : les pays de la région, comme l'a noté la proposition chinoise, "ne peuvent pas être déplacés géographiquement." Cette phrase capture l'essence de la philosophie chinoise dans les relations internationales : la stabilité n'est pas imposée de l'extérieur, mais construite de l'intérieur de la région à travers un réseau d'intérêts mutuels et un cadre de sécurité partagé et global.

 

Le deuxième point, concernant la souveraineté des États, intervient dans un contexte sensible où le concept de souveraineté lui-même est redéfini de force sous la pression des interventions et des conflits par procuration. Ici, Pékin réaffirme ce concept comme une ligne rouge, notamment pour les pays en développement, argumentant que toute atteinte à cela menace non seulement un seul État, mais l'ensemble du système international.

 

Le troisième point souligne la primauté du droit international, mais avec un avertissement clair contre son application "sélective". Le problème, du point de vue chinois, ne réside pas dans l'absence de règles, mais dans la manière dont elles sont appliquées. D'où l'avertissement explicite contre une glissade dans la "loi de la jungle" — une description qui critique implicitement le système international actuel autant qu'elle appelle à un rééquilibrage des mécanismes de gouvernance mondiale.

 

Le quatrième point, qui peut initialement sembler économique, est profondément politique : il lie développement et sécurité. Selon cette approche, la sécurité n'est pas simplement un produit de la stabilité mais une condition préalable à celle-ci, et le développement n'est pas un luxe mais une garantie durable. Cette dualité reflète une philosophie chinoise cumulative qui voit l'économie comme un outil pour refaçonner les équilibres, et non simplement une conséquence de ceux-ci.

 

Ici, cette vision acquiert sa signification plus profonde lorsqu'elle est placée dans son contexte plus large et cumulatif. Depuis des années, la Chine façonne son approche du système international — à commencer par l'Initiative de la Ceinture et de la Route, qui a redessiné la géographie économique, et en continuant par l'Initiative de Développement Global et l'Initiative de Sécurité Globale, jusqu'à l'Initiative de Civilisation Globale et enfin l'Initiative de Gouvernance Globale, qui vise à redéfinir les règles de gestion du système international lui-même. Dans ce contexte, les quatre points apparaissent comme un autre maillon dans une trajectoire chinoise exhaustive, passant progressivement de l'économie à la sécurité, et de ces deux derniers vers la refonte de la gouvernance mondiale.

 

Cependant, ce qui donne à cette vision sa signification, ce n'est pas seulement son contenu, mais aussi son timing et son contexte. Elle survient à un moment où la région subit une redistribution délicate des rôles, avec la capacité des acteurs traditionnels à imposer des équations stables en déclin, parallèlement à la montée de forces cherchant à offrir des alternatives plus flexibles et moins conflictuelles.

 

Dans ce contexte, la Chine ne se présente pas comme une alternative concurrente, mais comme une force "organisatrice" au sein du système international, cherchant à redéfinir les règles du jeu sans s'engager dans une confrontation directe. Cela explique son insistance sur des concepts tels que "sécurité commune" et "développement équilibré", plutôt que sur des alliances militaires ou des alignements rigides.

 

Pourtant, la question principale demeure : cette vision a-t-elle les outils pour sa mise en œuvre ?

 

Jusqu'à présent, la Chine semble plus à l'aise dans le rôle de "théoricien" du système international que dans celui de "garant de la sécurité". Cependant, en même temps, elle accumule différents instruments d'influence — économiques, technologiques, et diplomatiques — qui peuvent progressivement lui permettre de passer de la théorisation à l'action.

 

Dans ce contexte, la conclusion qui se dégage est la suivante : ce que Xi Jinping a proposé n'est pas simplement une initiative situationnelle, mais un indicateur d'une transformation plus profonde — d'un Moyen-Orient dont les crises sont gérées de l'extérieur à un autre où la sécurité est redéfinie dans de nouveaux équilibres internationaux — et la Chine cherche à se positionner comme l'un de ses architectes.

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